CAMP DE BOULOGNE.
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arrêtée par le calme et la marée, elle fut obligée de mouiller en deçà,le long d’une côte découverte. Elle resta dans celte position jusqu’aumoment où le courant changé pouvait la porter vers Boulogne. Ellen’avait point de vent, et elle fut obligée de se servir de ses rames.Quinze bâtiments anglais , frégates, corvettes et bricks, l’attendaientau cap Grisnez. A ce point la profondeur d’eau étant plus grande, etla croisière anglaise pouvant s’approcher de terre, sans que nos bâti-ments eussent la ressource de s’échouer, on devait concevoir pour euxde très-vives craintes. Mais ils passèrent comme ceux de la veille, nossoldats maniant la rame avec une rare intrépidité, et les Anglais re-cevant de nos batteries de terre plus de mal qu'ils n’en pouvaient faire ànos chaloupes canonnières. La flottille de Boulogne et la division Saint-Haoucn, entrée la veille, étaient sorties de nouveau, pour venir au-devantde la division Pevricux. Elles la joignirent à une hauteur dite la Tourde Groy, devant Wimereux . Alors les trois divisions réunies s’arrê-tèrent, et, se mettant en ligne, présentant aux Anglais leur prouearmée de canons, allèrent droit à eux, et firent un feu des plus vifs.Ce feu dura deux heures. Nos légers bâtiments,atteignaient quelquefoisles gros bâtiments anglais , et en étaient rarement atteints. A la tin,les Anglais se retirèrent au large, quelques-uns même assez maltraitéspour avoir besoin d’aller se réparer aux dunes. L’une de nos chaloupes,la seule du reste à qui arriva cet accident, percée de part en part parun boulet, eut encore le temps de se jeter sur la plage, avant de coulerà fond.
Ce combat, qui fut suivi plus tard de beaucoup d’autres, plus im-portants et plus meurtriers, produisit un effet décisif sur l’opinion dela marine et de l’armée. On vit que ces petits bâtiments ne seraient pas. si aisément coulés à fond par de gros vaisseaux, et qu’ils atteindraientplus souvent leurs gigantesques adversaires qu’ils n’en seraient atteints;on vit quel secours on pourrait tirer de la coopération des troupes deterre, qui, sans être encore exercées, avaient manié la rame, servi l’ar-tillerie de marine, avec une rare adresse, et surtout montré peu d’effroide la mer, et beaucoup de zèle à seconder les matelots *.
A peine cette première expérience avait-elle été faite, qu’on mit laplus grande ardeur à la renouveler. De nombreux convois partirentsuccessivement de tous les ports de la Manche, pour le rendez-vous gé-
1 On trouve ces sentiments exprimés dans toutes les correspondances écrites deBoulogne le lendemain de ces deux combats.