LIVRE XVIII.
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se sert pour les répudier ensuite; car il espérait avoinlesprinces pour com-plices. Il s'assurait ainsi toute la dignité compatible avœ le rôle qu’ilallaitjouer, et par son attitude audacieuse devant la justice, il prouva bientôtque ce n’était pas lui qui s’était abaissé en cette funeste conjoncture.
Ce n’est pas tout, il fallait après le combat recueillir le fruit de lavictoire. Il fallait tout préparer pour que la France se jetât dans lesbras des Bourbons. Les partis sciaient entre-détruits les uns les autres,et il n’en restait aucun de véritablement puissant. Les révolutionnairesviolents étaient odieux. Les révolutionnaires modérés, réfugiés auprèsdu général Bonaparte, étaient sans force. Il ne restait debout quel’armée. C’est elle qu’il importait de conquérir. Mais elle était dévouéeà la révolution, pourlaquelle elle avait versé son sang, et elle éprouvaitune sorte d’horreur pour ces émigrés, qu'elle avait vus tant de fois sousdes uniformes anglais ou autrichiens. C’est ici que la jalousie, éter-nelle et perverse passion du cœur humain, offrait aux conspirateursroyalistes d’utiles et précieux secours.
Il n’était bruit que de la brouille du général Moreau avec le généralBonaparte . Nous avons déjà dit ailleurs que le général de l’année duRhin , sage, réfléchi, ferme à la guerre, était, dans la vie privée, non-chalant et faible, gouverné par ses entours ; que, sous cette funesteinfluence, il n’avait pas échappé au vice du second rang, qui est l’envie;que, comblé des égards du premier consul, il s'était laissé aller à luien vouloir, sans autre raison, sinon que lui général Moreau était lesecond dans l’Etat, et que le général Bonaparte était le premier ;qu’ainsi disposé, Moreau avait manqué de convenance en refusant desuivre le premier consul à une revue, et que celui-ci, toujours promptà rendre une offense, s’était abstenu d’inviter Moreau au festin qu’ondonnait annuellement pour la fondation de la république ; que Moreauavait commis la faute d’aller, ce même jour, dîner, en costume deville, avec des officiers mécontents, dans un de ces lieux publics oùl’on est vu de tout le monde, au grand déplaisir des gens sages, à lagrande joie des ennemis de la chose publique. Nous avons raconté cesmisères de la vanité, qui commencent entre les femmes par dë vul-gaires démêlés, et vont finir entre les hommes par des scènes tragiques.Si une brouille entre personnages élevés est difficile à prévenir, elle estplus difficile encore à arrêter, lorsqu’elle est déclarée. Depuis ce jourMoreau n’avait cessé de se montrer de plus en plus hostille au gouver-nement consulaire. Quand ou avait conclu le concordat, il avait crié à