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LIVRE XVIII.

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fallait, disait-on, le laisser sc perdre dans une entreprise folle et ridiculecontre l’Angleterre, et se garder de lui offrir son épce. Ainsi, aprèsavoir traité le vainqueur de l'Égypte et de l'Italie comme un aventurier,on traitait l'expédition patriotique qui lui tenait tant à cœur commela plus extravagante des écliauffourées.

Les conspirateurs de Londres avaient, dans ces malheureuses divisions,des facilités pour ourdir la seconde moitié de leur projet. C’était Moreauqu'il fallait gagner -, par Moreau, l'armée ; et alors, le premier consultué sur la route de la Malmaison, Moreau gagné viendrait, à la tête del’armée, réconcilier cette redoutaldepartie de la nation avec les Bourbons,qui auraient eu le courage de reconquérir leur trône lepce à la main.Mais comment aborder Moreau, qui était à Paris entouré d’une sociététoute républicaine, tandis qu’on était à Londres au milieu de l’élite deschouans P II fallait un intermédiaire. Du fond des déserts de l'Amérique ,il en était arrivé un, bien illustre, bien déchu par sa faute de sapremière illustration, mais doué de grandes qualités, et tenant à lafois aux royalistes et aux républicains : c’était Picbegru, le vainqueurde la Hollande, déporté par le directoire à Sinnamari. Il s’était échappédu lieu de sa déportation, et il était venu à Londres , où il vivait avecle secret désir de ne pas s’arrêter là, et de rentrer en France , en pro-fitant de la politique qui rappelait sans distinction les coupables ou lesvictimes de tous les partis. Mais la guerre, suspendue un instant, avaitrecommencé bientôt, cl avec elle les illusions et les folies des émigrés,auxquels Picbegru avait aliéné sa liberté, en leur aliénant son honneur.On lavait compris, presque malgré lui, dans la conspiration; onl’avait chargé d’être auprès de Moreau l’intermédiaire dont on avaitbesoin pour amener ce dernier à la cause des Bourbons, et pour fondreensemble, clans un seul parti, les républicains et les royalistes de toutenuance.

Le plan qu’on avait adopté concordait assez avec certaines apparencesdu moment pour être spécieux, point assez avec la réalité pour réussir,mais il avait encore plus de vraisemblance qu’il n’en fallait à desimpatients, à qui tout était bon, pourvu qu’ils s’agitassent, et rem-plissent par ces agitations la pesante oisiveté de l’exil. Le plan arrêté,on s'occupa de l’exécution.

Il Aillait se rendre en France . Si George voulait y être suivi d’un oude deux princes, il ne tenait pas cependant à les avoir immédiatementavec lui. Il admettait qu’il fallait tout préparer avant de les faire venir,