Band 
[3. - 4.]
Seite
349
JPEG-Download
 

CONSPIRATION DE GEORGE.

3i9

lution. Une sorte de terreur s’était répandue dans Paris . Les ennemisdu premier consul en abusaient cruellement, et disaient de lui tout cequ’on avait dit autrefois de l’ancien comité du salut public. Dirigeantla police lui-même, il était instruit de tous ces propos, et son exaspé-ration sans cesse accrue le rendait capable des actes les plus violents.Il était sombre, dur, et ne ménageait personne. Depuis les derniersévénements il ne dissimulait plus son humeur contre M. de Markoff ;et la circonstance présente fit éclater cette humeur d'une manière ex-trêmement fâcheuse. Parmi les gens arrêtés se trouvait un Suisse , at-taché,on ne sait à quel titre, à l’ambassade de Russie , véritable intrigant,qu’il était peu convenable à une légation étrangère de prendre.à sonservice. A cette inconvenance de M. de Markoff avait ajouté l’inconve-nance plus grande encore de le réclamer. Le premier consul donnal’ordre de ne pas le rendre, de le tenir plus à l'étroit qu’auparavant,et de faire sentir à M. de Markoff toute l’indécence de sa conduite. Acette occasion il fut frappé de deux circonstances, auxquelles jusque-làil n’avait pas pris garde; c’est que M. d’Entraigues, l’ancien agent desprinces émigrés, était à Dresde , avec une commission diplomatique del’empereur de Russie ; qu’un nommé Vernègucs, autre émigré attachéaux Bombons, envoyé par eux à la cour de Naples, se trouvait à Rome ,et prenait la qualité de sujet russe. Le premier consul fit demanderala cour de Saxe le renvoi de-M. d’Entraigues, à la cour de Rome l’ar-restation immédiate et l’extradition de l’émigré Vernègucs, et réclamaces actes rigoureux d’une manière péremptoire, qui ne laissait guèrela faculté de répomdre par un refus. A la première réception diploma-tique, il mit à une rude épreuve la morgue de M. de Markoff, commeil y avait mis naguère la roideur de lord Withworth. Il lui dit qu’iltrouvait fort étramge que des ambassadeurs eussent à leur service deshommes qui conspiraient contre le gouvernement, et osassent encoreles réclamer. « Est-ce que la Russie , ajouta-t-il, croit avoir sur nous unesupériorité qui lui permette de tels procédés? Est-ce qu’elle nous croittombés en quenouille , jusqu’au point de supporter de telles choses?Elle se trompe ; je ne souffrirai rien d inconvenant, d’aucun prince surla terre. »

Dix ans auparavant, la bienveillante révolution de 89 était devenuela sanglante révolution de 93, par les provocations continuelles d’en-nemis insensés. Un effet du même genre se produisait en ce momentdans l’âme bouillante de Napoléon. Ces mêmes ennemis se comportant