CONSPIRATION DE GEORGE.
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tation de Moreau, il devina le sort qui l’attendait, et s’écria qu’il étaitperdu. La familiarité de ces chouans lui était odieuse. Il se consolaitdans la société de M. de Rivière , qu’il trouvait plus sage, plus senséque les autres amis du comte d’Artois envoyés à Paris . Un soir, réduitau désespoir, il saisit un pistolet, et allait se brûler la cervelle, lorsqu’ilen fut empêché par M. de Rivière lui-même. Une autre fois, privé degite, il eut une inspiration qui l’honore, et qui honore surtoutl’homme auquel il eut recours dans le moment. Parmi les ministresdu premier consul, se trouvait un des proscrits du 18 fructidor : c’é-tait M. de Marbois. Pichegru n’hésita pas à venir, pour une nuit, frap-per à sa porte, et lui montrer de nouveau le proscrit de Siunamari,demandant à un autre proscrit de Sinnamari, devenu ministre du pre-mier consul, de violer la loi de son maître. M. de Marbois le reçut avecdouleur, mais sans inquiétude pour lui-même. L’honneur qu’on luifaisait en comptant sur sa générosité, il le faisait à son tour au premierconsul, en ne doutant pas de son approbation. C’est un spectacle quiconsole de ces tristes scènes, de voir ces trois hommes, si divers,compter les uns sur les autres : Pichegru sur M. de Marbois, M. deMarbois sur le premier consul. Plus tard, en effet, M. de Marboisavoua ce qu’il avait, fait, et le premier consul lui répondit par unelettre qui était une noble approbation de sa généreuse conduite.
Mais une telle situation devait avoir un terme prochain. Un officierqui avait été attaché à Pichegru trahit son secret, et le livra à la police.La nuit, pendant que le général dormait, entouré des armes dont il nese séparait jamais, et des livres dont il faisait sa lecture accoutumée,la lampe étant éteinte, un détachement de la gendarmerie d'élite pé-nétra dans sa retraite pour le saisir. Éveillé par le bruit, il voulut sejeter sur ses armes, n’en eut pas le temps, et se défendit quelques mi-nutes avec une grande vigueur. Bientôt vaincu, il se rendit, et futtransporté au Temple, où devait finir de la manière la plus malheureuseune vie jadis si brillante '.
A peine était-il arrêté que M. Armand de Polignac , après luiM. Jules de Polignac, et enfin M. de Rivière , poursuivis sans relâche,non pas dénoncés, mais bientôt aperçus en changeant d’asile , furentsaisis à leur tour. Ces arrestations produisirent sur l’opinion un effet
1 L'arrestation de Picliegru eut lieu le 28 février. Le misérable qui dénonça tegénéral s’appelait Leblanc : on dit que le prix de sa lâcheté fut de cent millefrancs. (F. W.)