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LIVRE XVlil.

profond et général. La masse des gens lionnélcs, dcnuce d’esprit departi, fut édifiée sur la réalité du complot. La présence de Pichegru ,des amis personnels de M. le comte d’Artois, ne laissait plus de doute.Apparemment ils n'avaient pas été amenés en France par la police,cherchant à échafauder un complot. La gravité des dangers qu’avaitcourus et que courait encore le premier consul se révéla tout entière,et on éprouva plus vivement que jamais l’intérêt que devait inspirerune vie si précieuse. Ce n’était plus l’envieux rival de Moreau quiavait voulu perdre ce général, c’était le sauveur de la France exposéaux machinations incessantes des partis. Toutefois les malveillants,quoique un peu déconcertés , ne se taisaieut pas. A les entendre ,MM. de Polignac, de Rivière , étaient des imprudents, incapablesde se tenir en repos, s’agitant sans cesse avec M. le comte d’Artois, etvenus uniquement pour voir si les circonstances étaient favorables àleur parti. Mais il n’y avait là ni complot sérieux , ni péril menaçant,de nature à justifier l’intérêt qu’on cherchait à inspirer pour la personnedu premier consul.

Il fallait, pour fermer la bouche à ces discoureurs, pour les con-fondre, une arrestation de plus, celle de George. Alors il ne seraitguère possible de dire, en trouvant ensemble MM. de Polignac, deRivière, Pichegru et George, qu'ils étaient à Paris en simples obser-vateurs. Celte dernière preuve devait être bientôt obtenue, grâce auxmoyens terribles employés par le gouvernement.

George, traqué par une multitude d’agents, obligé de changer degîte tous les jours, ne pouvant sortirde Paris , qui était gardé par terreet par eau, George devait finir par succomber. On était sur ses traces ;mais il est juste de reconnaître, à l’honneur du temps, que personnen’avait consenti à le livrer, bien que le vœu de son arrestation fut gé-néral. Ceux qui se hasardaient à le recevoir ne voulaient le cacher quepour un jour. Il fallait que tous les soirs il changeât de retraite. Le9 mars, vers l’entrée de la nuit, plusieurs officiers de paix entourèrentune maison , devenue suspecte par les allées et venues de gens demauvaise apparence. George , qui l’avait occupée, essaya d’en sortirpour se procurer un asile ailleurs. Il partit vers sept heures du soir, etmonta, près du Panthéon , dans un cabriolet conduit par un serviteurde confiance , jeune chouan déterminé. Les officiers de paix suivirentce cabriolet en courant à perte d’haleine, jusqu’au carrefour de Bussy.George pressait son compagnon de bâter le pas, lorsque l’un des agents