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LIVRE XXV.
les plans de campagne. Tout ce qu’on avait conclu des grandes leçonsd’art militaire données par Napoléon à l’Europe , c’est qu’il fallait sur-le-champ prendre l’offensive, battre les Français avec leurs propresarmes, c’est-à-dire avec l’audace et la célérité, et comme la Prussen’était pas capable de supporter longtemps les frais d’un si grandarmement, se bâter d’en finir, eu livrant une bataille décisive avectoutes les forces réunies de la monarchie. On se persuadait sérieuse-ment même après Austerlitz, même après Hohenlinden , et centautres batailles rangées, que les Français, vifs et adroits, étaient pro-pres surtout à la guerre de poste, mais que dans une action générale,où seraient engagés de grandes masses, la solide et savante tactiquede l’armée prussienne l’emporterait sur leur inconsistante agilité. Cequ’il fallait surtout pour plaire à ce monde agité, pour en être écoutéavec faveur, c’était de parler de guerre offensive. Quiconque eûtapporté un plan de guerre défensive, quelque bien raisonné que ceplan pût être ; quiconque, invoquant les règles éternelles de la pru-dence, aurait osé dire qu’à un ennemi profondément expérimenté,singulièrement impétueux, jusqu’alors invincible, il fallait opposer lele temps, l’espace, les obstacles naturels bien choisis, en sachantattendre l’occasion, que la fortune n’accorde ni aux téméraires qui ladevancent, ni aux timides qui la fuient, mais aux habiles qui la sai-sissent quand elle se présente ; quiconque eût osé donner de tels con-seils eût.été accueilli comme un lâche, ou comme un traître vendu àNapoléon . Cependant l’armée prussienne ne pouvant alors tenir tête àl’armée française, le plus simple bon sens conseillait de présenter àNapoléon d’autres obstacles que des poitrines de soldats. Ces obstacles,tels qu’on pouvait déjà les entrevoir, et tels que l’expérience les révélabientôt, étaient la distance, le climat, la jonction des forces russes etallemandes dans les profondeurs glacées du Nord. Il ne fallait doncpas, en se portant en avant, épargner à Napoléon une moitié de ladistance, transporter la guerre sous un climat tempéré, et lui fournirl’avantage de combattre les Prussiens avant l’arrivée des Russes . Il nefallait pas surtout, devant un ennemi si prompt, si adroit, si habile àprofiter d’un faux mouvement, s’exposer, en prenant une position tropavancée, à être coupé de sa ligne d’opération, séparé de l’Elbe ou del’Qder, et enveloppé, anéanti au début même de la guerre. Les Autri-chiens, qu’on avait tant blâmés l’année précédente, auraient dû servirde leçon,iet, empêcher,, par le souvenir de leurs malheurs, qu’on ne