IÉHA •
85
de Wurtzbourg à Kœnigshofen et Eisenach. Il était vrai que Napo-léon , afin de tromper les Prussiens, avait ordonné des travaux dansdifférentes directions, notamment dans celle de Schweinfurt , Kœnigs-hofen, Hildburghausen et Eisenach . Le duc de Brunswick en concluait,non pas que Napoléon songeait à se présenter par la grande route cen-trale de Francfort à Weimar , mais qu’il voulait s’établir autour deWurtzbourg , et y prendre une position défensive. Ses entretiens avecM. de Lucchesini contribuaient également à le lui persuader. Cet am-bassadeur, qui avait si malheureusement irrité son cabinet deux moisauparavant par des rapports exagérés, mêlant maintenant un peu uevrai à beaucoup de faux, affirmait que Napoléon au fond ne désiraitpas la guerre, qu’il avait sans doute traité légèrement la Prusse, maisqu’il n’avait jamais nourri contre elle aucun projet d’agression, et qu’ilserait bien possible qu’il vînt se placer à Wurtzbourg pour y attendre,derrière de bons retranchements, le dernier mot du roi Frédéric Guil-laume .
Il était bien tard pour oser produire cette vérité , et c’était choisirpour la produire l’instant où elle avait cessé d’être exacte. Si Napo-léon, en effet, avant de quitter Paris , avait été peu enclin à la guerre,et très-disposé à en finir avec la Prusse au moyen de quelques expli-cations amicales, maintenant qu’il se trouvait à la tête de son armée,et que son épée était à moitié hors du fourreau, il allait la tirer toutentière, et agir avec la promptitude qui lui était naturelle. Rien nes’accordait moins avec son caractère que le projet de s’établir en avantde Wurtzbourg dans une position défensive. Mais de ce projet fausse-ment prêté à Napoléon , et des rapports de M. de Lucchesini, le ducde Brunswick concluait avec une secrète joie qu’il était possible d’évi-ter la guerre, surtout si on avait la précaution de rester derrière laforêt de Thuringe , et de laisser entre les deux armées cet obstacle àleur rencontre.
Le roi, sans le dire, partageait ce sentiment. On convoqua donc le5 octobre, à Erfurt , un dernier conseil de guerre, auquel assistèrentle duc de Brunswick, le prince de Hohenlohe , le maréchal de Mollen-dorf, plusieurs officiers d’état-major, les chefs de corps, le roi lui-même et ses ministres. Ce conseil dura deux jours entiers. Le duc yproposa la question suivante : était-il prudent d’aller chercher Napo-léon dans une position inattaquable, quand on n’avait plus, commedans le premier projet d’offensive, l’espoir de le surprendre ? — On