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LIVRE XXV.

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Grafenthal, Lannes, qui formait la tête de cette colonne, se dirigeasur Saalfeld des le matin du 10. Il y fut rendu de très-bonne heure.Les coteaux boisés qui bordent ordinairement la Saale s’éloignent ence point de son lit, et y laissent une plaine marécageuse , au milieude laquelle la petite ville de Saalfeld s'élève, entourée de murs, etassise au bord même de la rivière. Arrivé sur le pourtour de ces hau-teurs, d’où l'on plonge sur Saalfeld , Lannes aperçut en avant de laville le corps du prince Louis, qui consistait en 7,000 fantassins etg,000 cavaliers. Le prince avait pris une position peu militaire. Sagauche, composée d’infanterie, s’appuyait à la ville et à la rivière; sadroite, composée de cavalerie, s’étendait dans la plaine. Dominé surson front par le cercle des hauteurs, d’où l’artillerie française pouvaitle mitrailler, il avait sur ses derrières un petit ruisseau marécageux ,la Schwartza, qui vient se jeter dans la Saale au-dessous de Saalfeld ,et qui est assez difficile à traverser. Sa retraite était donc fort malassurée. S’il eût été capable de quelque sagesse, et moins obligé parses bravades antérieures de se montrer téméraire, il aurait dû se retirerau plus tôt, et descendre la Saale jusqu’à Rudolstadt ou Iéna . Malheu-reusement il n’était ni dans son caractère, ni dans son rôle, de reculerà la première rencontre des Français . Lannes n'avait sous la main nile corps d’Augereau, formant avec lui la colonne de gauche, ni mêmeson corps tout entier. I! était réduit à la simple division Suchet 1 et àdeux régiments de cavalerie légère, les 9 e et 10° de hussards. Il n’encommença pas moins l’attaque tout de suite. Il disposa d’abord sonartillerie sur les hauteurs d'où l'on dominait la ligne de bataille duprince Louis, et se mit à la canonner vivement. Puis il jeta sur sagauche une partie de la division Suchet, avec ordre de fder le long desbois qui couronnaient les hauteurs, et de tourner la droite du princeLouis, en descendant sur les bords du ruisseau de la Schwartza. Enpeu d’instants ce mouvement fut exécuté. Tandis que l’artillerie, placéeen batterie sur le front des Prussiens, les occupait en leur tuant dumonde, nos tirailleurs, se glissant à travers les bois, commençaientsur leurs derrières un feu imprévu et d’une justesse meurtrière. Lannesalors fit descendre son infanterie en masse dans la plaine, pour cul-

1 C’était la plus forte division de l'armée. Elle était composée du 17 e léger, etdu ; du 10 e , du 6i e ct du 88 e de ligne, présentant un effectif de 11,857 hommessous les armes. Le 9 e et le 10 e de hussards présentaient une force de 1.225 che-vaux. (F. W.).