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IÉNA .

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Français , se plaignaient amèrement d’être peu ménagés, mal nourris,et entraînés dans une guerre qui s’annoncait de la manière la plussinistre. On fit de son mieux pour les calmer, et cette fois on les établiten seconde ligne derrière les Prussiens.

Cependant, malgré ces tristes débuts, on était rassemblé le long dela forêt de Thuringe, ayant la Saale pour arrêter les Français s’ils vou-laient la franchir, ou pour descendre en sûreté vers l’Elbe s’ils sehâtaient d’y courir. C’était le cas, puisqu’on avait attaché tant de prixà cette position , de persévérer dans l'idée qu’on s’en était faite, et deprofiter des avantages qu’elle offrait. La Saale , en effet, quoiqueguéable, coule dans un lit qui présente une sorte de gorge continuelle.La rive gauche, sur laquelle étaient campés les Prussiens, est couvertede hauteurs abruptes, dont la rivière baigne le pied, dont une suitede bois couvre le sommet. Au delà se trouvent des plateaux ondulés,très-propres à recevoir une armée. En descendant d’Iéna jusqu’à Naum-bourg, les obstacles au passage deviennent plus grands que partoutailleurs. Il n’y avait, outre Iéna et Naumbourg , que trois issues parlesquelles on pût pénétrer, celles de Lôbstcdt, de Dornbourg et deCambourg, éloignées de deux lieues les unes des autres, et très-facilesà défendre. Puisqu’au lieu de s’établir derrière l’Elbe , on avait vouluse porter à la rencontre des Français , et combattre en masse, il n’yavait pas un site plus avantageux que la rive gauche de la Saale pourengager une action générale. On s’était privé à la vérité des,10,000 hommes composant l’avant-garde du duc de Weimar , etenvoyés en reconnaissance au delà de la forêt de Thuringe ; on enavait perdu 5,000 ou 6,000 en morts, prisonniers et fuyards, dansles combats de Sclileilz et de Saalfeld ; mais il restait encore50,000 hommes au prince de Hohenlohe , 66,000 au duc de Brunswick,17,000 ou 18,000 au général Ruchel, c’est-à-dire 154,000 hommes,armée fort redoutable derrière une position comme celle de la Saale ,depuis Iéna jusqu’à Naumbourg . En plaçant de gros détachementsdevant les principaux passages, et la masse un peu en arrière, dansune position centrale, de manière à pouvoir courir en force sur le pointattaqué, on était en mesure de livrer à l’armée française une batailledangereuse pour elle , et sinon de lui arracher la victoire , du moinsde la lui disputer tellement, que la retraite devînt facile, et le sort dela guerre incertain.

Mais le désordre d’esprit ne faisait que s’accroître dans l’état-major