LIVRE XXV.
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Murat rallie ses escadrons, et court vers Weimar pour recueillir denouveaux trophées. A quelque distance de cette ville se trouvaientréunis pêle-mêle des détachements d’infanterie, de cavalerie, d’artil-lerie, au sommet d’une descente longue et rapide, que forme la grandeToute, pour joindre le fond de la vallée de l’Ilm. Ces troupes, confu-sément accumulées, étaient appuyées à un petit bois, qu’on appellele bois de Webicht. Tout à coup apparaissent les casques brillants dela cavalerie française. Quelques coups de fusil partent instinctivement'de cette foule éperdue. A ce signal la masse, saisie de terreur, se pré-cipite sur la descente qui aboutit à Weimar : fantassins, cavaliers,artilleurs, tous se jettent les uns sur les autres dans ce gouffre. Nou-veau désastre, et bien digne de pitié ! Murat lance une partie de sesdragons, qui poussent à coups de pointe cette cohue épouvantée, etla poursuivent jusque dans les rues de Weimar . Avec les autres, il faitun détour, dépasse Weimar , et coupe la retraite aux fuyards, qui seTendent par milliers.
Des 70,000 Prussiens qui avaient paru sur ce champ de bataille, iln’y avait pas un seul corps qui fût entier, pas un seul qui se retirâten ordre. Sur les 100,000 Français composant les corps des maré-chaux Soult, Lannes, Augereau, Ncy, Murat, et la garde, 30,000 auplus avaient combattu, et suffi pour culbuter l’armée prussienne. Laplus grande partie de cette armée, frappée comme d’une sorte de ver-tige, jetant ses armes, ne connaissant plus ni drapeaux, ni officiers,courait sur toutes les routes de la Thuriuge. Environ 12,000 Prus-siens et Saxons, morts ou blessés aussi, couvraient la campagne d’Iéna à Weimar . On voyait étendus sur la terre, et en nombre plus qu’or-dinaire, une quantité d’officiers prussiens, qui avaient noblement payéde leur vie leurs folles passions. 13,000 prisonniers, deux centspièces de canon, étaient aux mains de nos soldats, ivres de joie. Lesobus des Prussiens avaient mis en feu la ville d’iéna, et des plateauxoù l’on avait combattu, on voyait des colonnes de flammes s’élever dusein de l’obscurité. Les obus des Français sillonnaient la ville de Wei-mar , et la menaçaient d’un sort semblable. Les cris des fugitifs quila traversaient en courant, le bruit de la cavalerie de Murat qui enparcourait les rues au galop, sabrant sans pitié tout ce qui n’était pasassez prompt à jeter ses armes, avaient rempli d’effroi cette charmantecité, noble asile des lettres, et théâtre paisible du plus beau commerced’esprit qui fût alors au monde ! A Weimar comme à Iéna , une partie