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des habitants avaient fui. Les vainqueurs, disposant en maîtres de cesvilles presque abandonnées, établissaient leurs magasins et leurs hôpi-taux dans les églises et les lieux publics. Napoléon, revenu à Iéna ,s’occupait, suivant son usage, de faire ramasser les blessés, et enten-dait les cris de vive l’empereur ! se^mêler aux gémissements des mou-rants. Scènes terribles, dont l’aspect serait intolérable, si le génie, sil’héroïsme déployés, n’en rachetaient l’horreur, et si la gloire, cettelumière qui embellit tout, ne venait les envelopper de ses rayonséblouissants !
Mais quelque grands que fussent les résultats déjà obtenus, Napo-léon ne connaissait pas encore toute l’étendue de sa victoire, ni lesPrussiens toute l’étendue de leur malheur. Tandis que le canon reten-tissait à Iéna , on l’entendait aussi dans le lointain à droite, vers Naum-bourg. Napoléon avait souvent regardé de ce côté, se disant que lesmaréchaux Davoust et Bernadotte , qui réunissaient à eux deux50,000 hommes, n’avaient guère à craindre le reste de l’armée prus-sienne, dont il croyait avoir eu la plus forte partie sur les bras. Il leuravait renouvelé plusieurs fois l’ordre de se faire tuer jusqu’au dernier,plutôt que d’abandonner le pont de Naumbourg . Le prince de Hohen-lohe, qui se retirait l'àme remplie de douleur, avait entendu lui aussile canon du côté de Naumbourg , et il inclinait à s’y porter, attiré,repoussé tour à tour, par les nouvelles venues d’Auerstædt, lieu oùétait campée l’armée du duc de Brunswick. Des coureurs disaient quecette armée avait remporté une victoire complète, d’autres au con-traire quelle avait essuyé un désastre plus éclatant que celui de l’ar-mée de Hohenlohc. Bientôt le prince apprit la vérité. Voici ce- quis’était passé encore dans cette journée mémorable, marquée par deuxsanglantes batailles, livrées à quatre lieues l’une de l’autre.
L’armée royale avait marché la veille en cinq divisions sur la granderoute de Weimar à Naumbourg . Parcourant ces plateaux, onduléscomme les vagues de la mer, qui forment le sol de la Thuringe , etviennent se terminer en côtes abruptes vers les rives de la Saale , elles’élait arrêtée à Auerstædt, un peu avant le défilé de Kosen , positionmilitaire fort connue. Elle avait fait cinq à six lieues, et on estimaitque c’était beaucoup pour des troupes peu habituées aux fatigues de laguerre. Elle avait donc bivaqué le 15 au soir, en avant et en arrière duvillage d’Auerstædt, et très-mal vécu, faute de savoir subsister sansmagasins. Comme le prince de Hoheniohe, le duc de Brunswick parais"
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