Band 
[7. - 8.]
Seite
87
JPEG-Download
 

IÉNA .

87

Le maréchal Davoust, que Napoléon avait placé à Naumbourg , joi-gnait au sens le plus droit une fermeté rare, une sévérité inflexible. Ilétait porté à la vigilance autant par l’amour du devoir que par le sen-timent d’une infirmité naturelle, qui consistait dans une très-grandefaiblesse de la vue. Cet homme de guerre illustre devait ainsi à undéfaut physique une qualité morale. Ayant de la peine à discerner lesobjets, il s’appliquait à les observer de très-près : quand il les avait vuslui-même, il les faisait voir par d’autres ; il accablait sans cesse dequestions ceux qui étaient autour de lui, ne prenait aucun repos, n’enlaissait à personne, qu’il ne sc crût suffisamment informé, et ne se rési-gnait jamais à vivre dans l’incertitude où tant de généraux s’endorment,en livrant au hasard leur gloire et la vie de leurs soldats. Le soir ilétait allé de sa personne reconnaître ce qui se passait au défilé deKôsen. Quelques prisonniers laits à la suite d’une escarmouche luiavaient appris que la grande armée prussienne s’approchait, conduitepar le roi, les princes et le duc de Brunswick. Sur-le-champ il avaitenvoyé un bataillon au pont de Kosen, et prescrit à ses troupes d’etresur pied dès le milieu de la nuit, afin d’occuper avant l’ennemi leshauteurs qui dominent laSaale. Dans le moment, le maréchal Berna-dotte se trouvait à Naumbourg , avec l’ordre de se porter là où il croi-rait être le plus utile, et notamment de seconder le maréchal Davoust,si celui-ci en avait besoin. Le maréchal Davoust se rendit à Naum-bourg, fit part au maréchal Bernadotte de ce qu’il venait d’apprendre,lui proposa de combattre ensemble, lui offrit même de se placer sousson commandement, car ce n’était pas trop des 4ti,0U0 hommes qu’ilsavaient à eux deux, pour tenir tète aux 80,000 hommes que larenommée attribuait à l’armée prussienne. Le maréchal Davoustinsista, au nom des plus graves considérations. Si le maréchal Lannes,ou tout autre, eût été à la place du maréchal Bernadotte , on n’auraitpas eu beaucoup de temps à perdre eu vaines explications. Le géné-reux Larmes, en voyant apparaître l’ennemi, eût embrassé meme unrivai délesté, et eût combattu avec le dernier dévouement. Mais lemaréchal Bernadotte , interprétant les ordres de l’empereur de lamanière la plus fausse, voulut absolument quitter Naumirourg pour s#porter sur Dornbourg, où l’ennemi n’était point signalé l . D’où pou-

1 Nous citons une lettre de l’empereur au prince de Ponte Corvo 9 écrite après Ubataille d Âuerstaedt. et qui confirme toutes nos assertions. Elle renferme l’expros-