LIVRE XXV.
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maréchal Bernadotte, qui mangeaient la soupe autour d’Apolda , étaientindignés, et se demandaient ce qu’on faisait de leur courage dans unpareil moment.
L’armée prussienne avait perdu 5,000 prisonniers, 9,000 ou10,000 hommes tués ou blessés, plus le duc de Brunswick, le maréchalde Mollendorf, le général Schmeltau, frappés mortellement, et surtoutun nombre immense d’officiers qui avaient bravement fait leur devoir.Le corps du maréchal Davoust avait essuyé des pertes cruelles. Sur26,000 hommes il en comptait 7,000 hors de combat. Les générauxMorand et Gudin étaient blessés ; le général de Billy était tué ; lamoitié des généraux de brigade et des colonels étaient morts ou atteintsde blessures graves. Jamais journée plus meurtrière, depuis Marengo,n’avait ensanglanté les armes françaises, et jamais aussi un plus grandexemple de fermeté héroïque n’avait été donné par un général et sessoldats.
L’arinée royale se retira, sous la protection des deux divisions deréserve, que conduisait le maréchal Kalkreuth. Le rendez-vous assignéà tous les corps désorganisés par la bataille était Weimar , derrière leprince de Ilohcnlohe, qu’on supposait encore sain et sauf. Le roi ymarcha, fort triste sans doute, mais comptant, sinon sur un retour defortune, au moins sur une retraite en bon ordre, grâce aux 70,000hommes du prince de Hohenlohe et du général Buchel. Il cheminaitaccompagné d’un fort détachement de cavalerie, lorsqu’on découvritsur les derrières du champ de bataille d’Iéna les troupes du maréchalBernadotte . A leur vue on ne douta plus qu’il ne fût arrivé quelqueaccident à l’armée du prince de Hohenlohe . On quitta précipitammentla route de Weimar , pour se jeter à droite sur celle de Sommerda .Mais bientôt la vérité fut connue tout entière, car l’armée du princede Hohenlohe cherchait dans le moment auprès de l’armée du roil’appui que l’armée du roi cherchait auprès d’elle. On se rencontrapar mille bandes détachées qui fuyaient dans toutes les directions, etles uns et les autres apprirent qu’ils avaient été vaincus, chacun deleur côté. A cette nouvelle le désordre , moins grand d’abord dansl’armée du roi, parce quelle n’était pas poursuivie, y fut porté aucomble. Une terreur subite s’empara de toutes les âmes ; on se mit àcourir confusément sur les routes , sur les sentiers, voyant partoutl’ennemi, et prenant des fuyards pleins d’effroi eux-mêmes, pour lesFrançais victorieux. Par surcroît de malheur, on trouva sur les chemins