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LIVRE XXV.
il arriva le lendemain matin 15 à Tennst'âdt. Il demandait desnouvelles du roi, qui en demandait de lui. Aucun chef ne savait oùétaient les autres.
Pendant cette terrible nuit, les vainqueurs ne souffraient pas moinsque les vaincus. Ils étaient couchés sur la terre, bivaquant par la nuitla plus froide, n’ayant presque rien à manger, à la suite d’une journéede combat, naturellement peu productive en vivres. Beaucoup d’entreeux, atteints plus ou moins gravement, gisaient sur la terre, à côtédes blessés ennemis, confondant leurs gémissements ; car ce n’est pasdans un si court intervalle que l’ambulance la mieux organisée auraitpu ramasser douze ou quinze mille blessés'. Napoléon, par bonté au-tant que par calcul, avait, durant plusieurs heures, veillé de sa per-sonne à leur enlèvement, et il était rentré ensuite à Iéna , où il avaittrouvé, lui aussi, un redoublement de nouvelles, c’est-à-dire l’annonced’une seconde victoire, plus glorieuse encore que celle qui avait étéremportée sous ses yeux. Il se refusait d’abord à croire tout ce qu’onlui mandait, parce qu’une lettre du maréchal Bernadotte , pour excuserpar un mensonge une conduite impardonnable, lui disait que le ma-réchal Davoust avait à peine neuf à dix mille hommes devant lui. Unofficier du maréchal Davoust, le capitaine Trobriand , étant venu luiapprendre qu’on avait eu 70,000 hommes à combattre, il ne put ajou-ter foi à ce rapport, et lui répondit : «Votre maréchal y voit double.»Mais quand il sut tous les détails, il ressentit la joie la plus vive, etcombla d’éloges, bientôt après de récompenses, l’admirable conduitedu troisième corps. Il fut indigné contre le maréchal Bernadotte , etpeu surpris. Dans le premier moment, il voulut sévir avec éclat, etsongea même à ordonner un jugement devant un conseil de guerre.Mais la parenté, une sorte de faiblesse à sévir autrement qu’en parolesvéhémentes, firent bientôt dégénérer sa résolution de sévérité en unmécontenteiflent, qu’il ne prit du reste aucun soin de cacher. Le ma-réchal Bernadotte en fut quitte pour des lettres du prince Bcrthier etde Napoléon lui-même, lettres qui durent le rendre profondémentmalheureux, s’il avait le cœur d’un citoyen et d’un soldat.
Le lendemain matin le maréchal Duroc fut envoyé à Naumbourg .Il portait au maréchal Davoust une lettre de l’empereur, cl destémoignages éclatants de satisfaction pour tout le corps d’armée. « Vossoldats et vous, monsieur le maréchal, » disait Napoléon, « avezacquis des droits éternels à mon estime et à ma reconnaissance. »