LIVRE XXV.
120
tiles. Ce vaste matériel, joint à un amas considérable de grains, fut dela sorte garanti contre toute tentative du peuple de Berlin , peupleactuellement calme et docile, mais dont un revers, si nous venions à enessuyer un, pouvait changer la soumission en révolte.
Tandis qu’on s’occupait de ces mesures de prévoyance, les coursesnon interrompues de la cavalerie légère avaient révélé la marche del’armée prussienne. Les onze jours écoulés depuis la bataille d’Iéna ,ccs onze jours employés par les Français à gagner l’Elbe , à le franchir,à occuper Berlin , avaient été employés par les Prussiens à gagnerl’Elbe également, à y réunir leurs débris épars, à s’élever ensuite versle Mecklembourg, pour atteindre, par un détour au nord, la ligne del’Oder . Ce mouvement vers le Mecklembourg étant démasqué, Napo-léon lança Mural sur Oranienbourg et Zehdenick , pour suivre les bordsdu Havel et du canal de Finovv. C’était le long de ces lignes mili-taires, et protégé par elles, que le prince de Hohenlohe devait dirigersa marche. Napoléon ordonna de les côtoyer, de manière à se tenirtoujours entre l’ennemi et l’Oder , et puis, quand on aurait débordéles Prussiens , de chercher à les envelopper, afin de les prendre jus-qu’au dernier homme. Le maréchal Lamies fut acheminé à la suite deMurat, avec la recommandation de marcher aussi vite que la cavalerie.Le maréchal Bernadottc eut ordre de se porter à la suite de Lannes.Le maréchal Davoust, après les trois ou quatre jours de repos qu’il luifallait, dut se rendre à Francfort-sur-l’Oder , le maréchal Augcreau etla garde durent rester à Berlin . Les maréchaux Ney et Soult, commenous l’avons dit, avaient mission d’investir Magdebourg .
L’infortuné prince de Hohenlohe avait pris effectivement la résolu-tion qu’on lui prêtait. Poursuivi à outrance par les Français , il étaitarrivé à Magdebourg , espérant y trouver du repos, des vivres, dumatériel, et surtout le temps nécessaire à la réorganisation de sonarmée. Vaine espérance! Le défaut de précautions, pour le cas d’uneretraite, si facile à prévoir, se reproduisait partout. Il n’y avait àMagdebourg d’autres approvisionnements que ceux qui étaient indis-pensables à la garnison. Le vieux gouverneur, M. de Kleist, aprèsavoir pourvu aux premiers besoins des fuyards, et leur avoir donné unpeu de pain, refusait de les nourrir plus longtemps, dans la craintede diminuer ses propres ressources, s’il venait à être assiégé. Lesbagages s’étaient tellement encombrés dans l’intérieur de Magdebourg ,que l’armée n’avait pu s’y loger. On avait été forcé d’établir la cara-