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LITRE XXVI.

ennemis, pour déprécier ses triomphes antérieurs, lui ayant répétésans cesse que l’année prussienne était la seule dont il fallût tenircompte, la seule qu’il fût difficile de vaincre, il les avait pris au mot,et l’ayant vaincue, mieux que vaincue, anéantie en un mois, il n’aper-çut désormais aucune limite à sa puissance, et n’admit aucune borneà sa volonté. L’Europe lui sembla un champ sans maître, dans lequelil pourrait édifier tout ce qu’il voudrait, tout ce qu’il trouverait grand,sage, utile ou brillant. Uù donc aurait-il entrevu une résistance ?L’Autriche désarmée par uue seule manœuvre, celle d’Ulm, étaittremblante, épuisée, incapable de reprendre les armes. Les Russes ,quoique jugés braves, avaient été ramenés la baïonnette dans lesreins, de Munich à Olmütz ; et s’ils s’étaient arrêtés un instant à Hol-labrun, à Austerlitz, c’était pour essuyer d'accablantes défaites. Enfinla monarchie prussienne venait d’étre détruite eu trente jours. Quelobstacle, nous le répétons, pouvait-il entrevoir à scs projets? Lesdébris des armées russes, ralliés dans le nord à vingt-cinq mille Prus-siens, n’oifraient pas un péril dont il dût s’effrayer. Aussi écrivit-il àl’archichancelier Cambacérès : « Tout ceci est un jeu d’enfants ,

» auquel il faut mettre un terme •, et cette fois je vais m’y prendre de» telle façon avec mes ennemis, que j’eu finirai avec tous. » 11 sedécida donc à pousser la guerre si loin, qu’il arracherait la paix àtoutes les puissances, et la leur arracherait aussi brillante que durable.Ce n’était pas, il est vrai, aux cours du continent quil était difficilede l’arracher, mais à l’Angleterre, qui, défendue par l’Océan, avaitseule échappée au joug dont l'Europe se voyait menacée. Napoléons’était dit déjà qu’il dominerait la mer par la terre, et que si les Anglais voulaient lui fermer l’Océan, il leur fermerait le contiuenl. Parvenusur l’Elbe et l’Oder , il se confirma dans celle pensée plus que jamais jil la systématisa dans sa lele, et il écrivit à son frère Louis en Hol-lande : Je vais reconquérir les colonies par la terre. Dans la fermen-tation d’esprit que produisit chez lui le succès extraordinaire de laguerre de Prusse, il conçut les pensées les plus gigantesques q^u’ii aitenfantées de sa vie. D’abord il se promit de garder en dépôt tout ce’ qu’il avait conquis, et tout ce qu’il allait conquérir encore, jusqu’à ceque l’Angleterre eût restitué à la France, à la Hollande, à l’Espagne ,les colonies quelle leur avait enievees. Les puissances continentalesn’étant au fond que ies auxiliaires sumeuiiounés de l’Angleterre, ilrésolut de les tenir toutes pour solidaires de la politique britannique,