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LIVRE XXVI.

nécessaire d’employer des moyens plus rigoureux contre les marchan-dises anglaises, et Napoléon n'était pas homme à se les interdire.

L’Angleterre elle-même venait d’autoriser tous les genres d’excèscontre son commerce, en prenant une mesure extraordinaire, et l’unedes plus attentatoires qu’on put imaginer contre le droit des gens leplus généralement admis, celle qu’on a nommée blocus sur le papier.Ainsi que nous l’avons déjà exposé bien des fois, il est de principechez la plupart des nations maritimes, que tout neutre, c’est-à-diretout pavillon étranger à la guerre engagée entre deux puissances, a ledroit de naviguer des ports de l’une aux ports de l’autre, de trans-porter quelque marchandise que ce soit, même celle de l’ennemi,excepté la contrebande de guerre, qui consiste dans les armes, lesmunitions, les vivres confectionnés pour l’usage des armées. Cetteliberté ne cesse que lorsqu’il s’agit d’une place maritime, bloquéepar une force navale telle que le blocus soit efficace. Dans ce cas,le blocus étant notifié, la faculté de pénétrer dans la place bloquée estsuspendue pour les neutres. Mais si, dans les restrictions appor-tées à la liberté de naviguer, on ne s’arrête pas à cette limite cer-taine de la présence d’une force effective, il n’y a plus de raison pourqu’on ne frappe pas d’interdit les côtes entières du globe , sous pré-texte de blocus. L’Angleterre avait déjà cherché à outre-passer leslimites du blocus réel, en prétendant qu’avec quelques voiles, insuffi-santes eh nombre pour fermer les abords d’une place maritime, elleavait le droit de déclarer le blocus. Mais enfin elle avait admis la néces-sité de la présence d’une force quelconque devant le port bloqué.Maintenant elle ne s’arrêtait plus à cette limite déjà si vague, et àl’époque de sa rupture momentanée avec la Prusse , occasionnée parla prise de possession du Hanovre , elle avait osé défendre tout com-merce aux neutres, sur les côtes de France et d’Allemagne , depuisBrest jusqu’aux bouches de l’Elbe . C’était l’abus de la force poussé audernier excès, et dès lors il suffisait d’un simple décret britanniquepour frapper d’interdit, toutes les parties du globe qu’il plairait à l’An-gleterre de priver de commerce.

Cette incroyable violation du droit commun fournissait à Napoléonun juste prétexte pour se permettre à l’égard, du commerce anglais lesmesures les plus rigoureuses. Il imagina un décret formidable, qui,tout excessif qu’il puisse paraître, n’était qu’une juste représaille desviolences de l’Angleterre , et qui avait de plus l’avantage de répondre