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LIVRE XXVI.

les provinces dont elle aurait à s’imposer le sacrifice. Ce dédommage-ment était la restitution de la Silésie , arrachée à Marie-Thérèse parFrédéric le Grand. La Silésie valait certainement les Gallicies, et c’étaitune éclatante réparation des maux , des outrages que le fondateur dela Prusse avait fait essuyer à la maison d’Autriche .

Assurément dans la situation où était placé Napoléon, rien n’étaitmieux calculé qu’une proposition pareille. Amené , en effet, par lecours des événements, à détruire l’œuvre du grand Frédéric en abais-sant la Prusse, il ne pouvait mieux faire que de détruire celte œuvrecomplètement, en rendant à l’Autriche ce que Frédéric lui avait enlevé,e t en lui reprenant ce que Frédéric lui avait donné. Au reste, il offritcet échange sans prétendre l’imposer. Si une telle proposition , quiautrefois aurait comblé l’Autriche de joie, éveillait ses anciens senti-ments à l’égard*lc la Silésie , il était tout prêt, disait-il, à y donnerla suite convenable ; sinon il fallait la considérer comme non avenue,et il se réservait d’agir dans la Pologne prussienne et russe, ainsi queles événements le lui conseilleraient, s’obligeant seulement à ne rienentreprendre qui pût attenter aux droits de l’Autriche . Tout en ayantsoin de ne fournir aucun prétexte de se plaindre à la cour de Vienne ,Napoléon lui répéta néanmoins qu’il était entièrement préparé, etque si elle voulait la guerre , elle ne le prendrait pas au dépourvu.Quoique satisfait des services de M. de la Rochefoucauld, son ambas-sadeur, il le remplaça par le général Andréossy , qui étant militaire,et connaissant parfaitement l’Autriche , pourrait observer d’un œil plussûr la nature et l’étendue des préparatifs de cette puissance.

Napoléon, dans ce moment extraordinaire de son règne, voulutfaire servir l’Orient au succès de ses projets en Occident. La Turquie se trouvait dans un état de crise dont il espérait profiter. Ce malheureuxempire , menacé depuis le règne de Catherine , même par ses amis,qui, voyant ses provinces sur le point de se détacher, se hâtaient des’en emparer pour ne pas les laisser à des rivaux (témoin la conduitede la France en Egypte ), ce malheureux empire avait été tantôt ramenévers Napoléon par l'instinct d’un intérêt commun, tantôt éloigné delui par les intrigues de l’Angleterre et de la Russie , exploitant auprèsdu divan le souvenir des Pyramides et d’Aboukir. Rentré en paixavec la France à l’époque du consulat, retombé en froideur lors de lacréation de l’empire, qu’il avait refusé de reconnaître, le sultan Sélimavait été par la bataille d’Austerlitz définitivement conduit à un rap-