LIVRE XXVI.
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joie même que Napoléon ressenti!,, lorsqu’il apprit qu’une ruptureallait éclater entre la Russie et la Porte. C’est dans celte prévision qu’ilavait tenu si fortement à occuper la Dalmatie , ce qui lui permettaitd’entretenir une armée sur la frontière de la Bosnie , et lui procuraitla facilité de secourir ou d’inquiéter la Porte, suivant les besoins de sapolitique. En voyant approcher celte crise, qu’il désirait plus vivementà mesure que les événements devenaient plus graves, il avait choisipour ambassadeur à Constantinople un militaire, né comme lui enCorse, et joignant à l’expérience de la guerre une rare sagacité poli-tique ; c’était le général Sébastiaui, employé déjà dans une missionen Turquie , dont il s’était parfaitement acquitté. Napoléon lui avaitdonné pour instruction expresse d’exciter les Turcs contre les Russes ,et d’appliquer tous ses efforts à provoquer une guerre en Orient. Ill’avait autorisé à tirer de la Dalmatie des officiers d’artillerie et dugénie, des munitions, et même les 25,000 hommes du général Mar-mont, si la Porte, poussée aux dernières extrémités, en venait à dési-rer la présence d’une année française. La bataille d’Austerlitz ayantrattaché le sultan Sélim à Napoléon , la bataille d’Iéna pouvait bien,en effet, l’enhardir jusqu’à la guerre. Napoléon écrivit à ce prince pourlui offrir une alliance défensive et offensive, pour l’engager à saisircette occasion de relever le croissant, et lui annoncer qu’il allait rendreaux Turcs le plus grand service qu’il fût possible de leur rendre, répa*rer le plus grand échec qu’ils eussent jamais subi, en essayant de réta-blir la Pologne . Ordre fut donné au général Marmont de tenir prêtstous les secours qui lui seraient demandés de Constantinople , ordre augénéral Sébastiani de ne rien négliger pour allumer une conflagrationqui s’étendit des Dardanelles aux bouches du Danube . En mettantainsi les Russes et les Turcs aux prises, Napoiéon se proposait undouble but, celui de diviser les forces des Russes, et celui de jeter l’Au-triche dans d’horribles perplexités. L’Autriche , sans doute, haïssaitla France, mais lorsqu’elle verrait les Russes envahir les bords de lamer Noire , elle devait éprouver des inquiétudes qui seraient une diver-sion fort puissante à sa haine.
Cette immense querelle, soulevée depuis quinze ans entre l’Europe et la révolution française, allait donc s’étendre du Rhin à la Vistule ,de Berlin à Constantinople. Engagé dans une lutte à outrance, Napo-léon prit des moyens proportionnés à la grandeur de ses desseins.Son premier soin fut de lever une nouvelle conscription. Il avait ap-