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LIVRE XXVI.

inutilement le sang de la France pour une œuvre sans solidité et sansdurée.

Napoléon, demeuré à Berlin jusqu’aux derniers jours de novembre,recevait, sans en être étonné, les rapports contradictoires de ses lieu-tenants , et attendait que le mouvement produit par la présence desFrançais eût éclaté dans toutes les provinces polonaises, pour se faireune opinion à l’égard du rétablissement de la Pologne , et se résoudre,ou à traverser cette contrée comme un champ de bataille, où à éleversur son sol un grand édifice politique. Il fit partir Murat, après luiavoir spécifié de nouveau les conditions qu’il entendait mettre à larestauration de la Pologne , et les instructions qu’il voulait qu’on suivîten marchant sur Varsovie .

Les Busses étaient arrivés sur la Vistule , et avaient pris possessionde Varsovie. Le dernier corps prussien qui restât au roi Frédéric-Guillaume , placé sous les ordres du général Lcstocq , officier sageautant que brave, était établi à Thorn, ayant des garnisons à Graudenz et à Dantzig .

Napoléon voulut qu’en s’approchant de Varsovie , les divers corps del’armée française se serrassent les uns aux autres, afin qu’avec unemasse de 80,000 hommes, force bien supérieure à tout ce que lesRusses pouvaient réunir sur un même point, ses lieutenants fussent àl’abri de tout échec. Il leur recommanda de ne pas rechercher, de nepas accepter de bataille, à moins qu’ils ne fussent en nombre très-supérieur à l’ennemi, de s’avancer avec beaucoup de précautions, et enappuyant tous à droite, pour se couvrir de la frontière autrichienne.A cette époque, la Pilica, sur la rive gauche de la Vistule, la Narew ,sur la rive droite, toutes deux se jetant dans la Vistule près de Varsovie ,formaient la frontière autrichienne. En appuyant donc à droite, àpartir de Posen, on sc rapprochait de la Pilica et de la Narew , on étaitcouvert de tous côtés par la neutralité de l’Autriche. Si les Russes voulaient prendre l’offensive , ils ne pouvaient le faire qu’en passantla Vistule sur notre gauche , aux environs de Thorn , et alors , en serabattant à gauche , on obtenait l’un de ces trois résultats , ou de lesrejeter dans la Vistule , ou de les acculer à la mer, ou de les poussersur les baïonnettes de la seconde armée française en marche vers Posen .Il faut ajouter , du reste , que si Napoléon , contre son usage , ne seprésentait pas cette fois en une seule masse devant l’ennemi , ce quiaurait coupé court à toutes les difficultés, c’est parce qu’il savait que