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LIVRE XXVI.
porter de la rive gauche sur la rive droite de la Vistule . En se reti-rant, ils ne firent que traverser Varsovie , qui ne leur semblait plusun lieu sùr, à mesure que l’approche des Français y faisait tressaillirtous les cœurs. Ils repassèrent donc la Vistule pour s’enfermer dansle faubourg de Praga, situé, comme on sait, sur l’autre bord dufleuve. En le repassant, ils détruisirent le pont de Praga, et coulèrentà fond, ou emmenèrent avec eux, toutes les barques qui pouvaientservir à créer des moyens de passage.
Le lendemain Murat, à la tète d’un régiment de chasseurs et desdragons de la division Beaumont, entra dans Varsovie . A partir dePosen , le peuple des petites villes et des campagnes avait paru moinsdémonstratif qu’à Posen , parce qu’il était comprimé par la présencedes Russes . Mais chez une grande population, les élans sont propor-tionnés au sentiment de sa force. Tous les habitants de Varsovie étaientaccourus hors des murs de la ville, à la rencontre des Français . Depuislongtemps les Polonais, par un instinct secret, regardaient les victoiresde la France comme étant les victoires de la Pologne elle-même. Ilsavaient tressailli au bruit de la bataille d’Austerlitz, gagnée si prèsdes frontières de la Gallicie ; et celle d’Iéna, qui semblait gagnée surla route même de Varsovie, l’entrée des Français dans Berlin , l’appa-rition de Davoust sur l’Oder , les avaient remplis d’espérance. Ilsvoyaient enfin ces Français si renommés, si attendus, et à leur tète cebrillant général de cavalerie, aujourd’hui prince, demain roi, qui con-duisait leur avant-garde avec tant d’audace et d’éclat. Ils applaudi-rent avec transport sa bonne mine, sa contenance héroïque à cheval,et le saluèrent des cris mille fois répétés de : Vive l’empereur !vivent les Français ! Ce fut un délire général, dans toutes les classesde la population. Cette fois, on pouvait considérer la résurrection dela Pologne comme un peu moins chimérique, en voyant apparaître lagrande armée, qui, sous le grand capitaine, avait vaincu toutes lesarmées de l’Europe . La joie fut vive, profonde, sans réserve, chez cemalheureux peuple, victime si longtemps de l’ambition des cours dunord, de la mollesse des cours du midi, et se disant qu’enlin l’heureétait venue où l’empereur des Français allait réparer les faiblesses desrois de France! Les Russes avaient détruit partout les vivres; maisl’empressement des Polonais y suppléa. On se disputait les soldats etles officiers français pour les loger et les nourrir.
Deux jours après, l’infanterie du maréchal Davoust, qui n’avait pu