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LIVRE XXVI.

avait quitté Berlin de sa personne, et était arrivé le 25 novembre àPosen . C’est là qu’il reçut les lettres de Murat. Il n’avait pas besoinqu’on lui dît les choses pour les savoir. Même à travers la plus habiledissimulation, il surprenait le secret des âmes, et la dissimulation deMurat n’était pas de celles qu’on eût de la peine à pénétrer. Il eutbientôt découvert l’ambition qui dévorait ce cœur, à la fois si vaillantet si faible. Il en éprouva autant de mécontentement contre lui quecontre les Polonais. Il voyait dans ce qu’on lui proposait des calculs,des réserves, des conditions, un demi-élan, et en ce qui le concernait,des engagements dangereux, sans l’équivalent d’une puissante coopé-ration. Par un singulier concours de circonstances, il recevait le mêmejour des dépêches de Paris , relatives au célèbre Kosciusko, qu’il avaitvoulu tirer de France, pour le mettre à la tète de la nouvelle Pologne .Ce patriote polonais, que de fausses directions d’esprit empêchèrent àcette époque de servir utilement sa patrie, vivait à Paris au milieu desmécontents, peu nombreux, qui n’avaient pas encore pardonné à Na-poléon le 18 brumaire, le concordat, le rétablissement de la monarchie.Quelques sénateurs, quelques membres de l’ancien tribunat, compo-saient cette société honnête et vaine. Kosciusko eut le tort d’opposerdes contradictions intempestives au seul homme qui pût alors sauver sapatrie, et qui en eût véritablement l’intention. Outre les engagementspréalables, réclamés par les nobles de Varsovie , et impossibles à prendreen face de l’Autriche , Kosciusko exigeait d’autres conditions politiques,tout à fait puériles, dans un moment où il s’agissait de relever la Po-logne, avant de savoir quelle constitution on lui donnerait. Napoléon ,se voyant contrarié à la fois par les Polonais devenus idéologues à Paris ,et par les Polonais devenus Russes à Saint-Pétersbourg , en conçut dela défiance et de la froideur.

En ce qui regardait Kosciusko, il répondit au ministre Fouché , qu’ilavait chargé de lui faire des propositions : « Kosciusko est un sot , qui«’a pas dans sa patrie toute l’importance qu’il croit avoir, et dont je mepasserai fort bien pour rétablir la Pologne , si la fortune des armes meseconde. » Il adressa une lettre sèche et sévère à Murat. « Dites auxPolonais, lui écrivit-il, que ce n’est pas avec ces calculs, avec ces pré-cautions personnelles, qu’on affranchit sa patrie tombée sous le jougétranger ; que c’est au contraire en se soulevant tous ensemble, aveu-glément, sans réserve, et avec la résolution de sacrifier sa fortune et savie, qu’on peut avoir, non pas la certitude, mais la simple espérance