ETLAÜ.
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de la délivrer. Je ne suis pas venu ici, ajoutait il, mendier un trônepour ma famille , car je ne manque pas de trônes à donner; je suisvenu, dans l’intérêt de l’équilibre européen, tenter une entreprise desplus dilïiciles, à laquelle les Polonais ont plus à gagner que personne,puisque c’est de leur existence nationale qu’il s’agit, en même tempsque des intérêts de l’Europe . Si, à force de dévouement, ils me secondentassez pour que je réussisse, je leur accorderai l’indépendance. Sinon,je ne ferai rien, et je les laisserai sous leurs maîtres prussiens et russes .Je ne rencontre pas ici, à Posen , dans la noblesse de province, toutesles vues méticuleuses de la noblesse de la capitale. J'y trouve franchise,élan, patriotisme, ce qu'il faut enfin pour sauver la Pologne , et tout ceque je cherche vainement chez les grands seigneurs de Varsovie . »
Napoléon mécontent, mais ne renonçant pas pour cela au projet dechanger la face du nord de l’Europe par le rétablissement de laPologne, prit la résolution de ne pas aller à Varsovie , et de rester àPosen , où il était l’objet d’un enthousiasme extraordinaire. Il se con-tenta d’envoyer à Varsovie un Polonais, dont il appréciait beaucoupl’esprit, M. Wibiski, gentilhomme plus versé dans la science des loiset de la politique que dans celle de la guerre, mais connaissant à fondson pays, et animé du plus sincère patriotisme. Napoléon lui exposales difficultés de sa situation, en présence des trois anciens coparta-geants de la Pologne , dont deux étaient armés contre lui, et un troi-sième prêt à se déclarer ; la nécessité où il était de garder de grandsménagements, et de trouver, dans un mouvement spontané et unanimedes Polonais , tout à la fois un prétexte de proclamer leur indépen-dance, et un secours suffisant pour la soutenir. Son langage, parfai-tement sensé et sincère, persuada M. Wibiski, qui se rendit à Varsovie ,pour essayer de faire partager ses convictions à ses compatriotes lesplus distingués par leur position et leurs lumières.
Ce singulier conflit entre les Polonais voulant que Napoléon com-mençât par proclamer leur indépendance, et Napoléon voulant qu’ilscommençassent par la mériter, ne doit être un motif de blâme, ni poureux, ni pour lui, mais une preuve de la difficulté même de l’entreprise.Les Polonais avouaient ainsi qu’ils croyaient peu solide une existenceplacée à si grande distance du protecteur qui la leur aurait rendue, etlui demandaient pour se rassurer, outre un engagement solennel, lesliens mêmes du sang. Napoléon, de son côté, avouait qu’assez puissantpour prétendre changer la face de l’Europe , assez audacieux pour oser