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LITRE XXVI.
porter la guerre jusqu’à la Vistule , il hésitait à proclamer l’indépen-dance de la Pologne , ayant deux des trois copartageants en face, et letroisième sur ses derrières. Si toutefois il fallait absolument voir icimatière à reproche contre quelqu’un, ce serait contre les Polonais, dumoins contre ceux qui calculaient de la sorte. Napoléon, en effet, nedevait rien aux Polonais, qu’en raison de ce qu’ils feraient pour l’Europe ,dont il était le représentant, tandis qu’eux devaient tout à leur patrie,même une imprudente confiance, dût cette confiance entraîner l’ag-gravation de leurs maux. Quand Napoléon était prudent, il faisait sondevoir ; quand les Polonais prétendaient l’ètre, ils manquaient auleur, car, dans la situation où il se trouvaient, leur devoir n’était pasd’être prudents, mais dévoués jusqu’à périr *.
Napoléon établi à Posen , au milieu de la noblesse du grand-duché,accourue tout entière autour de lui, s’occupait à y créer l’un de cesétablissements militaires dont il prenait l’habitude de jalonner sa routeà mesure qu’il portait la guerre à de plus grandes distances. Il achetaitdes grains, des fourrages, surtout des étoffes, car il y avait à Posen une importante manufacture de drap - il organisait des manutentions devivres, des hôpitaux, tout ce qu’il fallait en un mot pour avoir unevaste place de dépôt au centre de la Pologne . Cette place, il est vrai,n’était pas fortifiée, comme Wittcnberg ou Spandau ; elle était ouvertecomme Berlin . Mais elle avait pour défense l’affection des habitants,voués de cœur à la cause des Français .
Napoléon dirigea ensuite les mouvements de l’armée conformémentà son plan d’invasion. Le maréchal Ney était arrivé à Posen . Lesmaréchaux Soult et Bernadotte y marchaient à petites journées, aprèsavoir pris à Berlin le repos dont leurs troupes avaient besoin. La gardeet les grenadiers rendus à Posen y entouraient l’empereur. Le princeJérôme avait envoyé les Bavarois sur Kalisch, et, avec les Wurtem-bergeois, commençait par Glogau l’investissement des places de laSilésie .
1 Le maréchal Davoust, fort partisan du rélablissement de la Pologne , écrivait^à la date du lc r décembre : « Les levées d’hommes se font très-facilement, mais il» manque des personnes qui puissent diriger leur organisation et leur instruction.» 11 manque aussi des fusils. L’esprit est excellent à Varsovie ; mais les grands sen servent de leur influence pour calmer l’ardeur qui est générale dans les classesa moyennes. L’incertitude de l’avenir les effraye et ils laissent assez entendre qu’ilsa ne se déclareront ouvertement que lorsque, en déclarant leur indépendance, on» aura pris l’engagement tacite de la garantir.