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LIVRE XXVI.

en avant de la région des forêts, dans l'angle décrit par l’Ukra et laMarew, former ainsi une sorte de coin, et en diriger la pointe sur Var-sovie . Napoléon était prêt pour l’un et l’autre cas. Si les Prussiens etles Russes opéraient en masse vers la mer, son projet était de remonterla Narew , par les routes qui traversent la région intérieure, et puis,se rabattant à gauche, de jeter l’ennemi dans la mer ou dans la basseVistule . Si, au contraire, laissant les Prussiens vers la mer, entreDantzig et Kumigsberg, les Russes s’avancaient le long de la Narew etde l’Ukra sur Varsovie , alors, perçant par Thorn, entre les uns et lesautres, Napoléon était décidé à pivoter sur sa droite, dont l’extrémitéposerait sur Varsovie , à s’élever par sa gauche, de manière à séparerpar ce mouvement de conversion les Prussiens des Russes, et à refoulerceux-ci dans le chaos des bois et des marécages de l’intérieur. Il lesprivait ainsi des ressources de la mer, des secours de l’Angleterre, etles obligeait à fuir en désordre à travers un adieux labyrintue. Cetteséparation opérée, la région maritime , défendue par quelques millePrussiens, était facile à conquérir, et avec elle on enlevait toutes lesrichesses matérielles de la coalition.

Cuire les deux combinaisons que nous venons de décrire, les coali-sés semblaient avoir adopté la seconde. Les Prussiens occupaient larégion maritime, se liant aux Russes par un détachement placé auxenvirons de Thorn. Les Russes étaient rangés en masse dans la régionintérieure, sur la Narew et ses affluents. Le général iieuniugsen, quicommandait la première armée russe, composée de quatre divisions,s’était replié de la Vistule sur la Narew, à l’approche des Français , etavait pris position dans l’intérieur de l’angle formé par l’Ukra et laNarew . Le général Ruxhoewden, avec la seconde armée, forte aussi dequatre divisions, était en arrière, sur la haute Narew et l’Omulew, auxenviions d’Ostrolenka. Le général Essen , avec les deux divisions deréserve, n était point encore arrivé sur le théâtre de la guerre. Dansle désir de flatter les passions des vieux soldats russes, on leur avaitdonné pour les commander en chef le général Kamenski, ancien lieu-tenant de Suwarow , ayant la rudesse énergique de l’illustre guerriermoscovite , mais aucun de ses talents. Après avoir d’abord rétrogradédevant les Français, les Russes , regrettant le terrain perdu, avaientvoulu se reporter en avant. Mais, à l’aspect de notre armée fort bienpréparée à les recevoir , ils avaient repris leur position derrière l’Ukraet la Narew .