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LIVRE XXVI.

Ces vainqueurs rapides, qui avaient si promptement envahi l’Au-triche l’année précédente, et la Prusse le mois dernier, se trouvaienttout à coup ralentis dans leur marche triomphale, par un climathumide et sombre, par un sol mouvant, alternativement sablonneuxou fangeux, par la disette des vivres devenant plus rares à mesure quela population et la culture disparaissaient. Ils en étaient surpris, pointabattus, tenaient mille propos railleurs sur l’attachement des Polonaispour une telle patrie, et ne demandaient qu’à rencontrer l’ennemid’Austerlitz, pour se venger sur lui des disgrâces du sol et du ciel.

En voyant les Russes s’avancer et rétrograder tour à tour, puis seretirer une dernière fois avec toutes les apparences d’une retraite défi-nitive, Napoléon crut qu’ils se repliaient sur la Prégel, pour y prendreleurs quartiers d’hiver. Il ordonna donc à Murat et à Bessières de lespoursuivre à la tète de 25,000 chevaux, l’un débouchant de Varsovie avec la première réserve de cavalerie, l’autre débouchant de Thornavec la seconde. Mais bientôt les rapports plus exacts du maréchalDavoust, qui, placé au confluent de la Narew et de l’Ukra , voyait lesRusses solidement établis derrière ces deux rivières, les rapports con-formes du maréchal Augereau, du maréchal Ney surtout qui avaitl’habitude d’observer l’ennemi de très-près, le détrompèrent, et luiprouvèrent qu’il était temps de marcher sur les Russes , qu’il le fallaitmême, si on ne voulait pas les laisser hiverner dans une position tropvoisine de l’armée française. D’ailleurs les ponts sur la Vistule , dont ilse proposait de faire ses points d’appui, étaient achevés, pourvus d’uncommencement d’ouvrages défensifs, et capables d’une suffisante ré-sistance, moyennant qu’on y plaçât quelques troupes.

Napoléon partit donc de Posen dans la nuit du 15 au 1G décembre,après y être demeuré dix-neuf jours, passa par Kutno et Lowicz , com-manda partout des vivres, des ambulances, pour le cas d’un mouve-ment rétrograde, peu probable, mais toujours prévu par sa prudence,veilla enfin à la marche de ses colonnes sur Varsovie , et s’occupasurtout i’y faire arriver la garde et les grenadiers d’Oudinot 1 .

1 Nous citons la lettre suivante, qui indique bien la situation au moment rtontils’agit dans ce récit.

Au général Clarke.

Lowicz , 18 décembre 1808, sept heures du soir

J'arrive à Lowicz . Je vous écris pour vous ôter toute espèce d’inquiétude, tl n'ja rien ici de nouveau. Les armées sont en présence. Les Russes sont sur la riva