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LIVRE XXVI.
bataillon du 88*, surpris par la cavalerie russe avant d’avoir pu seformer en carré, n’avait été rompu et renversé. Mais ce brave batail-lon, rallié sur-le-champ par un de ces officiers dont le danger fait res-sortir le caractère, le nommé Voisin, se releva immédiatement, et,profitant à son tour des embarras de la cavalerie russe, tua à coupsde baïonnettes ces cavaliers plongés comme nos fantassins dans unemer de boue.
Ainsi, à la droite et au centre, le combat, quoique moins décisifqu’il n’aurait pu l’être, tourna néanmoins à l’avantage des Français , quilaissèrent les Russes acculés à l’extrémité du plateau, et exposés à unechute dangereuse vers la ville et la rivière. A gauche, notre troi-sième colonne, composée du 54 e de ligne, du second bataiilon du 88',et des dragons du général Becker, avait à disputer à l’ennemi le bou-quet de bois auquel s’appuyait le centre des Russes . Le 54', dirigé parle général Reille, et accueilli par des batteries démasquées à l’iinpro-viste, eut cruellement à soullïïr. Il enleva le bois cependant, secondépar les charges des dragons du général Becker. Mais quelques batail-lons du général Barclay de Tolly le reprirent. Les Français s’en ren-dirent maîtres de nouveau, et soutinrent pendant trois heures uncombat acharné et inégal. Enfin , sur ce point comme sur les autres,les Russes , obligés de plier, furent réduits à s’adosser de plus près à laville. Lannes , débarrassé du combat à droite, s’élail porté à gauche,pour encourager ses troupes de sa présence. Si dans ce moment il eûtété moins incertain de ce qui se passait ailleurs, et plus assuré d’ètresoutenu, il aurait pu faire agir la division Gazau , et alors, c’en étaitfait des Russes , qui auraient été précipités sur le revers du terrain, etnoyés dans la Narew . Mais Lannes voyait par delà sa gauche, et à l’ex-trême droite des Russes , la division Tolstoyj bordant le ravin deMoczyn, et lormant un crochet en arrière pour couvrir l’extrémité dela position. Il crut plus sage de ne pas engager toutes ses troupes, et,par son ordre, la brave division Gazau resta immobile à la lisière de laforêt, essuyant à trois cents pas les boulets de l’ennemi, mais rendantle service de contenir les Russes , et de les empêcher, eux aussi,de combattre avec toutes leurs forces.
La journée s’achevait lorsque la division Gudiu arriva enfin sur notregauche, cachée par des bois à notre armée, mais aperçue par lescosaques , qui en avertirent aussitôt le général Benningsen. De touteson artillerie, la division Gudiu n’amenait que deux pièces, pénible-