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LITRE XXVI.
jurer à ses soldats de reprendre le poste perdu. Les Prussiens, traitéspar les Russes depuis Iéua, comme les Autrichiens l’avaient été depuisUlm, voulaient venger leur honneur, et prouver qu’ils n’étaient infé-rieurs à personne en bravoure : ils tinrent parole. Quatre fois, depuissept heures du soir jusqu’à minuit, ils attaquèrent Soldau à la baïon-nette, et quatre fois ils furent repoussés. Leur courage avait toute laviolence du désespoir. Us Unirent cependant par se retirer, après uneperte immense en morts, blessés ou prisonniers *.
Ainsi dans cette journée, sur un espace de vingt-cinq lieues, depuisPultusk jusqu’à Soldau , on s’était battu avec acharnement, et lesRusses , défaits parlout où ils avaient essayé de nous résister, ne s’étaientsauvés qu’en abandonnant leur artillerie et leurs bagages. Leur arméese trouvait alfaiblie de près de 2U,U00 hommes sur llo,000. Beau-coup d'entre eux étaient hors de combat ou prisonniers. Un grandnombre d’origine polonaise avaient déserté. Nous avions recueilli plqsde 80 pièces de canon de gros calibre, et une quantité considérablede bagages. Nous n’avions perdu ni un prisonnier, ni un déserteur, maisle feu de l’ennemi nous avait enlevé 4,000 à 5,000 hommes, eu mortsou blessés.
Le projet de Napoléon, tendant à séparer les Russes de la mer, et àles jeter par un mouvement de conversion de l’Ukra sur la Narew , duriche littoral de la vieille Prusse dans l’intérieur boisé, marécageux,inculte de la Pologne , avait réussi sur tous les points, bien que suraucun il n’eùt amené une de ces grandes batailles, qui marquaienttoujours d'un signe éclatant les savantes manœuvres de cet immortelcapitaine. L’action héroïque de Lannes a Pultusk était pour les Russes une défaite, mais une défaite sans désastre, ce qui était aussi nouveaupour eux que pour nous. Cependant si on avait eu la faculté de mar-cher le lendemain et le surlendemain, les Russes auraient été obligésde nous livrer les trophées qu’ils ne pouvaient pas longtemps disputerà noire bravoure et à notre habileté. Jetés au delà de lUkra,del Orezyc, de la Narew , dans une forêt impénétrable, de plus de quinzeou vingt lieues d’étendue, comprise entre Pultusk , üstroleuka,Ortels-bourg, leur destruction complète eût clé l’eilet inévitable des profondescombinaisons de Napoléon, et des combinaisons nulles ou malheureusesde leurs généraux.
1 Les Français s'emparèrent de six pièces de canon et firent quatre cents pri-sonniers. (F. W.).