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LIVRE XXVI.
Elbing , une base sur cette vaste ligne de navigation. C’est sur cesdivers points que devaient se trouver leurs dépôts, leurs hôpitaux,leurs manutentions de vivres, leurs ateliers de réparation, parce quec’est là que pouvaient parvenir avec plus de facilité toutes les matièresnécessaires à ces établissements.
On ne voit, dans les récits ordinaires de guerre, que les armées for-mées et prêtes à entrer en action ; on n’imagine pas ce qu’il en coûted’efforts pour faire arriver à son poste l’homme armé, équipé, nourri,instruit, et enlin guéri, s’il a été blessé ou malade. Toutes ces difficul-tés s’accroissent à mesure qu’on change de climat, ou qu’on s’éloignedu point de départ. La plupart des généraux ou des gouvernementsnégligent cette espèce de soins, et leurs armégs fondent à vue d’œil.Ceux qui s’y appliquent avec constance et habileté réussissent seuls àconserver leurs troupes nombreuses et bien disposées. L’opération quenous décrivons est le plus admirable exemple de ce genre de difficul-tés, complètement vaincues et surmontées.
Napoléon voulut qu’après avoir choisi les lieux propres à chaquecantonnement, et réuni les denrées nécessaires, ou amené de Varsovie celles qui manquaient, on construisit des fours, on réparât les mou-lins détruits. Il exigea que lorsqu’on aurait assuré l’alimentation régu-lière des troupes, et qu’on serait parvenu à dépasser, dans la confec-tion des vivres, la quantité indispensable à la consommation journa-lière, ou formât un approvisionnement de réserve, en pain, biscuit,spiritueux, non pas au lieu où était fixé le dépôt, mais au lieu où étaitfixé le rassemblement de chaque corps d'armée, en cas d’attaque. Ondevine sans doute son motif : il désirait que, si une apparition subitede l’ennemi obligeait à prendre les armes, chaque corps eût de quoivivre pendant sept ou huit jours de marche. Il ne lui fallait pas, engénéral, plus de temps pour accomplir une grande opération, etdécider une campagne.
Avec l’argent des contributions perçues en Prusse, qu’on réunissaitd’abord sur l’Oder, et qu’on transportait ensuite sur la Vistule aumoyen des voitures de l’artillerie, il fit fournir le prêt exactement, et,de plus, il accorda des secours extraordinaires aux masses des régi-ments. On entend par masses les portions de la solde mises encommun, pour nourrir, vêtir, chauffer le soldat. C’était une manièred’ajouter à l’entretien des troupes, proportionnément à la difficulté devivre, ou à la consommation plus rapide des objets d’équipement.