216
LIVRE XXVI.
tions hardies, mettant ses soldats en traîneau dès qu’il gelait et marau-dant jusqu’aux portes de Kœnigsberg , qu’il faillit même une fois sur-prendre et enlever.
Le corps de Bernadotte était très-bien placé pour vivre sur la basseVistule. Mais le voisinage des garnisons prussiennes de Graudenz ,Dantzig, Elbing , l’incommodait fort, et l’empêchait de jouir autantqu’il l’aurait pu des ressources du pays.
Après plusieurs rencontres avec les Cosaques, on les avait obligés àlaisser les cantonnements tranquilles. On s’était aperçu que la cavalerielégère suffisait pour se garder, et que la grosse cavalerie souffrait beau-coup dans les cantonnements avancés. Aussi, Napoléon, éclairé parune expérience de quelques jours, fit-il un changement à ses disposi-tions. Il ramena la grosse cavalerie vers la Vistule . Les cuirassiers dugénéral d’Hautpoul furent cantonnés autour de Thorn ; les dragons detoutes les divisions, depuis Thorn jusqu’à Varsovie ; les cuirassiers dugénéral Nansouty, en arrière de la Vistule, entre la Vistule et la Pilica .La cavalerie légère, renforcée de quelques brigades de dragons, restaaux avant-postes ; mais elle vint alternativement, deux régiments pardeux régiments, se refaire sur la Vistule , où les fourrages abondaient.La division Gudin du corps de Davoust, la plus maltraitée de toutel’armée, car elle avait pris part aux deux plus rudes actions de laguerre, Auerstædt et Pultusk, fut envoyée à Varsovie , pour s’ydédommager de ses fatigues et de ses combats.
Assurément, l’armée n’était pas, dans le fond de la Pologne , aussibien entretenue qu’au camp de Boulogne , où tous les moyens de laFrance , et deux années de temps, avaient été consacrés à pourvoir àses besoins. Mais elle avait le nécessaire, et quelquefois davantage.Napoléon, répondant au ministre Fouché, qui lui faisait part des bruitsrépandus par les malveillants sur les souffrances de nos soldats, luiécrivait :
« Il est vrai que les magasins de Varsovie n’étant pas grandement» approvisionnés, et l’impossibilité d’y réunir en peu de temps une» grande quantité de grains, ont rendu les vivres rares, mais il est» aussi absurde de penser qu’on puisse manquer de blé, de vin, de» viande, de pommes de terre en Pologne , qu’il l’était de dire qu’on» en manquait en Egypte .
» J’ai à Varsovie une manutention qui me donne 100,000 rations» de biscuit par jour ; j’en ai une à Thorn-, j’ai des magasins à Posen ,