LIVRE XXVI.
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tout entière. Mais la prévoyance de Napoléon avait fourni d’avance lesmoyens de parer à cet événement fâcheux. Des régiments provisoirespartis du Rhin, un régiment italien en marche vers le corps du maré-chal Mortier, les fusiliers de la garde tirés de Paris , et un des régi-ments de chasseurs venant d’Italie , n’étaient pas loin. On les dirigeaen toute hâte vers Cassel, et l’insurrection fut immédiatement com-primée.
L’immense pays qui s’étend du Rhin à la Yistule, des montagnes dela Bohème à la mer du Nord , était donc soumis. Les places se ren-daient l’une après l’autre à nos troupes, et nos renforts le traversaientpaisiblement, en y exerçant la police, tandis qu’ils marchaient vers lethéâtre de la guerre, pour recruter la grande armée.
Cependant le général russe Benningsen avait mis une telle audace àse dire victorieux, que le roi de Prusse à Kœnigsberg , l’empereurAlexandre à Pétersbourg, avaient reçu et accepté des félicitations. Etbien que les résultats matériels, tels que la retraite des Russes sur laPrégel, notre tranquille établissement sur la Yistule, les sièges entre-pris et terminés sur l’Oder , dussent répondre à toutes les forfanteriesd’un ennemi qui se croyait victorieux, quand il n’avait pas essuyé undésastre aussi complet que celui d’Austerlitz ou d’Iéna , on affectanéanmoins de montrer une certaine joie. Celte joie éclata surtout àVienne , et dans le'sein de la cour impériale. Empereur , archiducs,ministres, grands seigneurs, se félicitèrent également. Rien n’était plusnaturel et plus légitime. Il n’y avait à redire qu’au langage tenu parle cabinet de Vienne dans ses communications les plus récentes avecNapoléon , langage qui dépassait peut-être la limite de la dissimulationpermise en pareil cas. Du reste l’erreur qui causait la joie de nos enne-mis ne fut pas de longue durée. M. de Lucchesini, qui avait quitté lacour de Prusse en meme temps que M. d’Haugwitz, traversait alorsVienne, pour se rendre à Lucques sa patrie. Il n’avait plus d’illusionpour lui-même, il n’avait plus d’intérêt à faire illusion aux autres, eten conséquence il dit la vérité sur les rencontres sanglantes dont laYistule venait d’être le théâtre. Les boues de la Pologne avaient para-lysé, disait-il, vaincus et vainqueurs, et permis aux Russes de se sous-traire à la poursuite des Français. Mais les Russes , battus à outrancepartout, n’avaient aucune chance de tenir tête aux redoutables soldatsde Napoléon . Ou devait s’attendre qu’au printemps, peut-être mêmeà la première gelée, celui-ci ferait uue irruption sur la Prégel ou le