Band 
[7. - 8.]
Seite
226
JPEG-Download
 

226

LIVRE XXVI.

situation, et si de plus l’état des chemins avait permis de les atteindre.Mais on ne parvient pas à tout savoir à la guerre. Le plus habile desgénéraux est celui qui, à force d’application et de sagacité , arrive àignorer un peu moins que de coutume les projets de l’ennemi. En touteautre circonstance , Napoléon, avec son activité prodigieuse, avec sonart de profiler delà victoire, aurait bientôt découvert la périlleuse situa-tion de l’armée russe, et aurait infailliblement détruit la portion qu’ilse serait attaché à poursuivre. Mais, plongé dans les boues, privé d’ar-tillerie cl de pain, il s’était vu réduit à une complète immobilité.Ayant mené d’ailleurs ses soldats à l’extrémité de l’Europe , il avaitconsidéré comme une sorte de cruauté de mettre leur dévouement àde plus longues épreuves.

Le général Benningsen et le général Buxhoewden tentèrent quelqueselforts pour se rejoindre, mais les ponts, plusieurs fois rétablis, furenttoujours rompus, et ils se virent obligés de remonter la Narew lente-ment, vivant comme ils pouvaient, et tâchant de gagner les lieux oùuue jonction deviendrait praticable. Toutefois ils réussirent à se ren-contrer personnellement, cl ils eurent une entrevue à Novogorod.Quoique peu disposés à s’entendre, ils convinrent d’un plan, qui n’ifl-lail à rien moins qu’à continuer les hostilités, malgré l’état du pays etde la saison. Le général Benningsen, qui, à force de se dire victorieuxà Pullusk, avait fini par le croire, voulait absolument reprendre l’of-fensive, et par son influence on décida la continuation immédiate desopérations militaires, en suivant une marche tout autre que celle quiavait été d’abord adoptée. Au lieu de longer la Narew et ses aflluents,et de s’adosser ainsi au pays boisé, ce qui fixait le point d’attaque surVarsovie , ou résolut de faire un grand circuit, de tourner par un mou-vement en arrière la vaste masse des forêts, de traverser ensuite la lignedes lacs, et de se porter vers la région maritime par Braunsberg ,Elbing, Marienbourg et Dantzig. On était assuré de vivre en opérantde ce côté, grâce à la richesse du sol le long du littoral. On se flattaiten outre de surprendre l’extrême gauche des cantonnements français ,d’enlever peut-être le maréchal Bernadotte établi sur la basse Vistule ,de passer facilement ce fleuve sur lequel on avait conservé plusieursappuis, et, en se portant au delà de Dantzig , de faire tomber d’un seulcoup la position de Napoléon en avant de Varsovie .

Si l’on jette en effet les yeux sur la ligne que décrivent la Vistule etl’Oder pour se rendre dans la Baltique , on remarquera qu’ils courent