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I.IVRE XXVI.
fonde. Plusieurs lacs, pourvus d’eau au printemps, desséchés en été ,gelés en hiver, actuellement effacés par la neige, ne se distinguaienten aucune manière du reste de la plaine. A peine quelques grangesréunies en hameaux, et des lignes de barrière servant à parquer lebétail, formaient-elles un point d’appui ou un obstacle, sur ce mornechamp de bataille. Un ciel gris, fondant par intervalles en une neigeépaisse, ajoutait sa tristesse à celle dos lieux, tristesse qui saisit les yeuxet les cœurs dès que la naissance du jour, très-tardive en cette saison,eut rendu les objets visibles.
Les Russes étaient ranges sur deux lignes, fort rapprochées l’une del’autre, leur front couvert par trois cents bouches à feu qui avaient étédisposées sur les parties saillantes du terrain. En arrière, deux colonnesserrées, appuyant comme deux arcs-boutants cette double ligne debataille , semblaient destinées à la soutenir , et à l’empêcher de pliersous le choc des Français . Une forte réserve d’artillerie était placée àquelque distance. La cavalerie se trouvait partie en arrière, partie surles ailes. Les cosaques, ordinairement dispersés, tenaient cette fois aucorps même de l’armée. Il était évident qu’à l’énergie , à la dextéritédes Français , lesRusses avaient voulu, sur ce terrain découvert, opposerune masse compacte , défendue sur son front par une nombreuseartillerie, fortement étayée par derrière, une véritable muraille enfin,lançant une pluie de feux. Napoléon , à cheval dès la pointe du jour,s’était établi de sa personne dans le cimetière à la droite d’Eylau. Là,protégé à peine par quelques arbres, il voyait parfaitement la positiondes Russes , lesquels, déjà en bataille, avaient ouvert le feu par unecanonnade, qui devenait à chaque instant plus vive. On pouvait prévoirque le canon serait l’arme de cette journée terrible.
Grâce à la position d’Eylau, qui s’allongeait en face des Russes ,Napoléon pouvait donner moins de profondeur à sa ligne de bataille,moins de prise par conséquent aux coups de l’artillerie. Deux desdivisions du maréchal Soult furent placées à Eylau, la division Legranden avant et un peu à gauche, la division Levai partie à gauche de laville, sur une éminence que surmontait un moulin, partie à droiteau cimetière même. La troisième division du maréchal Soult, la di-vision Saint-Hilaire, fut établie plus à droite encore, à une assezgrande distance du cimetière, au village de Rothenen, qui formait leprolongement de la position d’Eylau. Dans l’intervalle qui séparait levillage de Rothenen de la ville d’Eylau, intervalle laissé ouvert pour y