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LIVRE XXVI.

tière. Augereau s’ébranla presque en même temps, non sans un tristepressentiment du sort réservé à son corps d’armée, qu’il voyait exposéà se briser contre le centre des Itusses, solidement appuyé à plusieursmamelons. Tandis que le général Corbincau lui transmettait les ordresde l’empereur, un boulet perça le flanc de ce brave officier, l’aînéd’une famille héroïque. Le maréchal Augereau se mit immédiatementen marche. Les deux divisions Desjardins et Ileudelet débouchèrententre Rothenen et le cimetière, eu colonnes serrées, puis, le défiléfranchi, se formèrent en bataille, la première brigade de chaque divi-sion déployée, la seconde en carré. Tandis quelles s’avançaient, unerafale de vent et de neige vint frapper tout à coup la face des soldats,et leur dérober la vue du champ de bataille. Les deux divisions, aumilieu de cette espèce de nuage, se trompèrent de direction, donnè-rent un peu à gauche, cl laissèrent à leur droite un large espace entrefiles et la division Saint-Hilaire. Les Russes , peu incommodés de laneige qu’ils recevaient à dos, et voyant s avancer les deux divisionsd Augereau sur les mamelons auxquels ils appuyaient leur centre,démasquèrent à l’improviste une batterie de soixante et douze bouchesà feu qu’ils tenaient eu réserve. La mitraille vomie par cette redou-table batterie était si épaisse, qu’en un quart d’heure la moitié ducorps d’Augereau fut abattue. Le général Desjardius, commandant lapremière division, fut tué \ le général Ileudelet, commandant laseconde, reçut une blessure presque mortelle. Bientôt l’état-major desdeux divisions fut mis hors de combat. Tandis qu elles essuyaient cefeu épouvantable, obligées de se relormer en marchant, tant leursrangs étaient éclaircis, la cavalerie russe, se précipitant dans l’espacequi les séparait de la division Morand, fondit sur elles en masse. Cesbraves divisions résistèrent toutefois, mais elles furent obligées derétrograder vers le cimetière d’Eylau, cédant le terrain sans se rompre,sous les assauts répétés de nombreux escadrons. Tout à coup la neige,ayant cessé de tomber, permit d’apercevoir ce douloureux spectacle.Sur 6,000 ou 7,000 combattants, 4,000 environ, morts ou blessés,jonchaient la terre. Augereau, atteint lui-mème d’une blessure, plustouché au reste du désastre de son corps d année que du péril, futporté dans le cimetière d’Eylau aux pieds de Napoléon, auquel il seplaignit, non sans amertume, de n’avoir pas été secouru à temps. Unemorne tristesse régnait sur les visages, dans l’état-major impérial.Napoléon , calme et ferme, imposant aux autres l’impassibilité qu’il