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LIVRE XXVI.
Napoléon, discernant à la direction des feux du maréchal Davoustet du maréchal Ney le véritable état des choses, se savait maître duchamp de bataille, mais il n’était pas assuré cependant de ne pas avoirune seconde bataille à livrer, la nuit ou le lendemain. Il occupait cetteplaine légèrement relevée, qui s’étendait au delàd’Eylau, ayant devantlui et au centre sa cavalerie et sa garde, à gauche en avant d’Eylaulesdeux divisions Legrand et Levai du corps du maréchal Soult, à droitela division Saint-Hilaire qui se liait avec le corps du maréchal Davoustporté au delà de Kleiu-Sausgarten, l’année française décrivant ainsiune ligne oblique sur le terrain que les Russes avaient possédé lematin. Fort au delà, sur la gauche, le maréchal Ney isolé se trouvaitsur les derrières de la position que l’ennemi abandonnait en toutehâte.
Napoléon, certain d’être victorieux, mais triste au fond du cœur, .était demeuré au milieu de ses troupes, ordonnant qu’on allumât desfeux, et qu’on ne quittât pas les rangs, même pour aller chercher desvivres. On distribuait aux soldats un peu de pain et d’eau-dc-vie, et,quoiqu’il n’y en eut pas assez pour tous, on ne les entendait pas seplaindre. Moins joyeux qu’à Austerlitz ou à Iéna , ils étaient pleins deconfiance, fiers d’eux-mêmes, prêt à recommencer cette lutte terrible,si les Russes en avaient le courage et la force. Quiconque, en ce mo-ment, leur eût donné le pain et l’eau-de-vie dont ils manquaient, leseût retrouvés aussi gais que de coutume. Deux artilleurs du corps dumaréchal Davoust, ayant été absents de leur compagnie pendant cettejournée, et étant arrivés trop tard pour assister à la bataille, leurs cama-rades s’assemblèrent le soir aubivac, les jugèrent, et n’ayant pas goûtéleurs raisons, leur infligèrent, sur ce terrain glacé et sanglant , lechâtiment burlesque que les soldats appellent la savate '.
Il n’y avait en grande abondance que des munitions. Le service del’artillerie, exécuté avec une activité rare, avait déjà remplacé les mu-tions consommées. Le service des ambulances se faisait avec nonmoins de zèle. On avait ramassé un grand nombre de blessés, et onadministrait aux autres quelques secours sur place, en attendant qu’onpût les transporter à leur tour. Napoléon, accablé de fatigue, deboutcependant, présidait aux soins donnés à ses soldats.
Sur les derrières de l’armée tout n’offrait pas une contenance aussi
' Nous empruntons ce détail aux mémoires militaires et manuscrits du maréchalDavoust.