F.YI.AU.
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ferme. Beaucoup de traînards qui manquaient à l’effectif le matin, parsuite de la rapidité des marches, avaient entendu le retentissement decette épouvantable bataille , avaient aperçu quelques hourras decosaques, et s’étaient repliés, répandant sur les routes des nouvellesfâcheuses. Les braves accouraient se ranger auprès de leurs camarades,les autres s’en allaient dans les diverses directions qu’avait parcouruesl’armce.
Le lendemain le jour commençant à luire, on découvrit cet affreuxchamp de bataille, et Napoléon lui-même fut ému, au point de lelaisser apercevoir dans le bulletin qu’il publia. Sur cette plaine glacée,des milliers de morts et de mourants cruellement mutilés, desmilliers de chevaux abattus, une innombrable quantité de canons dé-montés, de voitures brisées, de projectiles épars, des hameaux enflammes, tout cela se détachant sur un fond de neige % présentait unspectacle saisissant et terrible. « Ce spectacle, s’écriait Napoléon, est» fait pour inspirer aux princes l’amour de la paix, et l’horreur de» la guerre! » —Singulière réflexion dans sa bouche, et sincère aumoment où il la laissait échapper.
Une particularité frappa tous les yeux. Soit penchant à revenir auxchoses du passé, soit aussi économie, on avait voulu rendre l’habitblanc aux troupes. On en avait fait l’essai sur quelques régiments,mais la vue du sang sur les habits blancs décida la question. Napoléon,rempli de dégoût et d’horreur, déclara qu’il ne voulait que des habitsbleus, quoi qu’il put en coûter.
L’aspect de ce champ de bataille abandonné par l’ennemi rendit àl’armée le sentiment de sa victoire. Les Russes s’étaient retirés, laissantsur le terrain 7,000 morts, et plus de 5,000 blessés, que le vainqueurgénéreux se hâta de.relever après les siens. Outre les 12,000 mortsou mourants abandonnés à Eylau, ils emmenaient avec eux environ15,000 blessés, plus ou moins gravement atteints. Us avaient eu parconséquent 26,000 ou 27,000hommes hors de combat. Nous tenions5,009 à 4,000 prisonniers, vingt-quatrç pièces de canon, seize dra-peaux. Leur perte totale était donc de 50,000 hommes. Les Françaisavaient eu environ 10,000 hommes hors de combat, dont 5,000 mortset 7,000 blessés 2 , perte bien inférieure à celle de l’armée russe , et qui
1 Expression de Napoléon dans l’un de ses bulletins.
- St est rare qu’on parvienne à constater les pertes; essuyées dans une batailleavec autant de précision qu'on peut le faire pour la bataille d'Eylau. Je me suis