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LIVRE XXVI.
attaqués avec 54,000, lesavait détruits à coups de canon, et avait paréà tous les accidents de la journée avec un imperturbable sang-froid,pendant que scs lieutenants s’efforcaient de le rejoindre. Les Russes ce jour-là avaient eu tous leurs avantages, la solidité, l’immobilité aufeu; lui n’avait pas eu tous les siens, sur un terrain où il était impos-sible de manœuvrer ; mais il avait opposé à leur ténacité un invinciblecourage, une force morale au-dessus des horreurs du plus affreux car-nage. L’àme de ses soldats s’était montrée dans celte journée aussi forteque la sienne! Assurément il pouvait être fier de celte épreuve. D’ailleurspour 12,000 ou 15,000 hommes qu’il avait perdus pendant ces huitjours, il en avait détruit 56,000 à l’ennemi. Mais il devait sentir en cemoment ce que c’était que la puissance du climat, du sol, des distances,car, possédant plus de 500,000 hommes en Allemagne , il n’avait paspu en réunir plus de 54,000 sur le lieu de l’action décisive. Il devait,après une telle victoire, faire de graves réflexions, compter davantageavec les éléments et la fortune, et moins entreprendre à l’avenir surl’invincible nature des choses. Ces réflexions il les fit, et elles lui inspi-rèrent, comme on va en juger bientôt, la conduite la mieux calculée,la plus admirablement prévoyante. Plût, au ciel quelles fussent res-tées pour toujours gravées dans sa mémoire !
Quoique victorieux et garanti pour plusieurs mois de toute tenta-tive contre ses cantonnements, il avait cependant une chose à craindre,c’étaient les récits mensongers des Russes, l’effet de ces récits sur l’Au-triche, sur la France, sur l’Italie, sur l’Espagne, sur l’Europe en unmot, qui, voyant depuis trois mois sa marche deux fois arrêtée, tantôtpar les boues, tantôt par les frimas, serait portée à le croire moinsirrésistible, moins fatalement heureux, tiendrait pour douteuse la vic-toire pourtant la plus incontestable, la plus cruellement efficace, etpouirait enfin être tentée de méconnaître sa fortune.
Il résolut de montrer ici le caractère qu’il avait déployé pendant lajournée même d’Eylau, et, certain de sa force, d’attendre que l’Europe ,mieux éclairée, la sentît comme lui. Après avoir passé quelques jourssur la Frisching, l’ennemi ne sortant pas de ses lignes, il prit le partide rétrograder pour rentrer dans scs cantonnements. La températureétait toujours froide, mais sans descendre à plus de deux ou troisdegrés au-dessous de la glace. Il en profita pour évacuer ses blessés entraîneau. Plus de 6,000 subirent, sans en souffrir sensiblement, cesingulier voyage de quarante à cinquante lieues, jusqu'à la Vistule . Un