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LIVRE XXVI.
horrible. Leurs bataillons, qui au début des opérations s’élevaient à800 hommes, étaient actuellement réduits à 500, à 200, à 150. Onvenait d’en prendre dix à la fois, qui ne présentaient que ce derniernombre. Si les Russes avaient pu tenir tète à Napoléon, c’était à con-dition de faire détruire leur armée ; aussi ne pouvaient-ils plus se mon-trer en rase campagne. On avait mandé à Saint-Pétersbourg , au nomde tous les généraux, que si les forces qui restaient n’étaient pasaccrues du double au moins, on ne ferait désormais autre chose quefuir devant les Français. Au surplus, tous les officiers russes , pleinsd’admiration pour notre armée, sentant qu’au fond ils se battaientbeaucoup plus pour l’Angleterre ou la Prusse que pour la Russie , dési-raient la paix et la demandaient à grands cris.
Leurs troupes , qui n’étaient pas approvisionnées comme celles deNapoléon, par une prévoyance supérieure, mouraient de faim. Deguerre lasse, elles avaient eessé de batailler avec les nôtres. On serencontrait à la maraude presque sans s’attaquer. Il semblait qu’onfût instinctivement d’accord pour ne pas ajouter aux souffrances decette situation. Il arrivait même quelquefois que de malheureuxcosaques, poussés par la faim, et s’exprimant par signes, venaient de-mander du pain à nos soldats, en leur avouant que depuis plusieursjours iis n’avaient rien trouvé à manger; et nos soldats, toujoursprompts à la pitié, leur donnaient des pommes de terre, dont ilsavaient une assez grande abondance. Singulier spectacle que ce retourà l'humanité, au milieu même des cruautés de la guerre !
Napoléon savait qu’en essuyant beaucoup de mal , il en avait faitéprouver bien plus à l’ennemi. Mais il avait à combattre les faux bruitsaccrédités à Varsovie, à Berlin, surtout à Paris . Sa prodigieuse gloirecontenait seule les esprits, toujours indépendants en France , toujoursmalveillants en Europe , et il pouvait déjà pressentir qu’au premierrevers sérieux il verrait les uns et les autres lui échapper. Aussin’eut-il jamais autant d’efforts à faire, autant d’énergie de caractère àdéployer , pour dominer l’opinion publique. De jeunes auditeurs ,envoyés de Paris pour apporter au quartier général le travail des diversministères, et peu accoutumés au spectacle qui frappait leurs yeux,des officiers mécontents , ou émus plus que de coutume des horreursde cette guerre, écrivaient en France des lettres remplies d’exagé-rations. « Concertez-vous avec M. Daru, disait Napoléon à M. Maret,dans une de ses lettres, pour faire partir d’ici les auditeurs qui sont