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LIVRE XXVI.

Ainsi Napoléon ne voulait pas qu’on fit valoir son courage person-nel, car ce courage même devenait un danger. C’était trop clairementavouer que celte monarchie militaire, sans passé, sans avenir, était àla merci d’un boulet de canon.

Des transports causés en France par les merveilles d’Austerlitz etd’Iéna , on avait passé à une sorte d’inquiétude. Paris était triste etdésert, car l’empereur, les chefs de l’armée, qui composaient unegrande partie de la haute société de ce règne, étaient absents. L’in-dustrie souffrait. Napoléon enjoignit à ses sœurs, aux princes Camba-cérès et Lebrun, de donner des tètes. Il voulait qu’on remplit ainsi levide laissé par son absence. Il ordonna de faire à Fontainebleau, Ver-sailles, Compiègne, Saint-Cloud , une revue du mobilier de la couronne,et de consacrer plusieurs millions pris sur ses économies personnelles,pour acheter des étoffes dans les manufactures de Lyon , Rouefl 5 Saiut-Quentin. Il prescrivit de proportionner les secours accordés, non pasaux besoins des résidences impériales, mais aux besoins des industries.Quoiqu’il s’attachât ordinairement à réprimer le goût de l'impératriceet de ses sœurs pour la dépense, cette lois il leur recommanda la pro-digalité. Il voulut que la caisse d’amortissement, c’est-à-dire le trésorde l’armée , consacrât un million par mois à prêter aux manufacturesprincipales, sur dépôt de marchandises, et il demanda un projet afinde convertir cette mesure accidentelle en une institution permanente,ayant pour objet, non pas , disait-il, une caisse de secours pour lesbanqueroutiers , mais une caisse de prévoyance, destinée à soutenirles fabricants qui occupaient un grand nombre de travailleurs, et quiseraient obligés de les renvoyer, si on ne leur fournissait pas des faci-lités pour les payer.

Il songea enfin à un moyen extraordinaire de procurer des capitauxau commerce, tout en apportant une amélioration notable à l’adminis-tration des finances. Alors, encore plus qu aujourd’hui, la sommetotale de l’impôt n était pas exactement perçue dans l’année. Aussiles obligations des receveurs généraux, représentatives de l’impôt, nedevaient-elles échoir, pour une partie du moins, que trois ou quatremois après l’année écoulée, c’est-à-dire en mars, avril ou mai del’année suivante. 11 fallait donc les escompter, soin dont se chargeaientles faiseurs d’affaires, en se livrant à un agiotage fort actif. C’était ladette flottante du temps, à laquelle on faisait face avec les obligationsdes receveurs généraux, comme on y fait face maintenant avec les bons