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LI" RE XXVIII

francliir le détroit, en faisant la manœuvre que leur conseilleraientleur expérience et les circonstances de la mer. Il fut demandé à la courd’Espagne d’armer quelques vaisseaux à Cadix , et de donner immé-diatement les ordres convenables pour que la division de Carthagène ,commandée par l’amiral Salcedo, fût pourvue des vivres nécessaires àune courte expédition, et dirigée sur Toulon .

Telles furent les mesures ordonnées par Napoléon , en exécution dutraité de Tilsit, pour intimider l’Angleterre par un immense concoursde moyens, pour la disposer à la paix, et, si elle s’opiniâtrait à laguerre, pour forcer la Suède , le Danemark, la Prusse, le Portugal ,l'Autriche à fermer leurs ports aux produits de Manchester et de Bir-mingham , pour préparer avec la réunion de toutes les forces navalesdu continent des expéditions dont la possibilité toujours menaçanteépuiserait tôt ou tard les finances ou la constance de la nation anglaise ,sans compter qu’il suffisait du succès d’une seule pour la frapper aucœur. Mais les affaires extérieures n’attiraient pas seules l’attentionde Napoléon . Il lui tardait enfin de s’occuper d’administration, definances, de travaux publics, de législation, de tout ce qui pouvaitconcourir à la prospérité intérieure de la France , laquelle ne lui tenaitpas moins à cœur que sa gloire.

Avant de s’en occuper, il lui avait fallu opérer quelques change-ments indispensables dans les hauts emplois civils et militaires. M. deTalleyrand fut la cause principale, sinon unique, de ces changements.Cet liabilé représentant de Napoléon auprès de l’Europe , qui étaitparesseux, sensuel, jamais pressé d’agir ou de se mouvoir, et dont lesinfirmités physiques augmentaient la mollesse , avait été cruellementéprouvé par les campagnes de Prusse et de Pologne . Vivre sous cesfroids et lointains climats, courir sur les neiges à la suite d’un infati-guable conquérant, à travers les bandes de Cosaques, coucher le plussouvent sous le chaume, et, quand on était favorisé par la fortune dela guerre, habiter une maison de bois, décorée du titre de châteaude Finkenstein, ne convenait pas plus à scs goûts qu’à son énergie. Ilétait donc fatigué du ministère des relations extérieures, et il auraitvoulu non pas renoncer à diriger ces relations, qui étaient son occu-pation favorite, mais les diriger à un autre titre que celui de ministre.Il avait beaucoup souffert dans son orgueil de ne pas devenir granddignitaire, comme MM. de Cambacérès et Lebrun, et la principautéde Bénévent, qui lui avait été accordée en dédommagement, n’avait