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LIVRE XXV11I.
qu’on appelait alors la machine à feu. Il avait exécuté le double trajetde New-Yorkà Albany, d’Albany à New-York , en quatre jours, etavaità peine attiré les regards du monde, dont trente ans plus tard il de-vait changer la face. Ce n’est pas la première fois qu’une grande in-vention, due à des génies secondaires mais spéciaux, a passé à côté degénies supérieurs sans attirer leur attention. La poudre à canon, qui,en détruisant à la guerre l’empire de la force physique, contribua sipuissamment à une révolution dans les mœurs européennes, fut non-seulement odieuse à l’héroïque Bayard, mais inspira le dédain de Ma-chiavel , ce juge si profond des choses humaines, cet auteur, si admirépar Napoléon , du traité sur la guerre,et fut considérée par lui commeune invention éphémère et de nulle conséquence.
Pensant qu’une bonne législation est, avec les capitaux cl les dé-bouchés, le plus grand bien qu’on puisse procurer au commerce, Na-poléon avait ordonné à l’archichancelier Cambacérès de faire préparerun code commercial. Ce code venait effectivement d’èlre rédigé. Ouen avait emprunté le fond aux nations maritimes les plus célèbres, etla forme simple et analytique à l’esprit français , qui, plus que jamais,brillait sous ce rapport dans la rédaction des lois, parce que, conçuessur un plan uniforme et vaste, soigneusement, remaniées dans leur rè-daclion au Conseil d’Élat, elles n’élaient jamais retouchées par leCorps législatif, qui les adoptait ou les rejetait sans amendement. Cecode, tout préparé au moment du retour de Napoléon , devait, avec lesautres mesures dont nous venons de parler, être présemé au Corpslégislatif dans la courte session qui se préparait.
Il était temps que Napoléon accordât enfin à ses glorieux soldaisles récompenses qu’il leur avait promises, et qu’ils avaient si bien mé-ritées durant les deux dernières campagnes. Mais ce fut dans la formemême de ces récompenses qu’il fit surtout éclater son génie organisa-teur et puissant. Il se serait bien gardé, en effet, de leur jeter les dé-pouilles des vaincus, pour qu’ils les dévorassent dans une orgie. Ilvoulait, avec ce qu’il leur donnerait, fonder de grandes familles, quientourassent le trône, concourussent à le défendre, contribuassent àl’éclat de la société française, sans nuire à la liberté publique, sansentraîner surtout aucune violation des principes d’égalité proclaméspar la révolution française. L'expérience a prouvé qu'une aristocratiene nuit point à la liberté d’un pays, car l’aristocratie anglaise n’a pasmoins conlribué que les autres classes de la nation à la liberté de la