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Grande-Bretagne. La raison dit encore qu’une aristocratie peut êtrecompatible avec le principe de l’égalité, à deux conditions : première-ment, que les membres qui la composent ne jouissent d’aucuns droitsparticuliers, et subissent en tout la loi commune; secondement, queles distinctions purement honorifiques, accordées à une classe, soientaccessibles à tous les citoyens d’un même État, qui les ont achetéespar leurs services ou leurs talents. C’est là ce qu’il y avait de raison-nable dans les voeux de la révolution française, et c’est là ce que Na-poléon entendait maintenir invariablement. Cependant, à notre avis,dans les sociétés modernes, où l’envie est soulevée contre les institu-tions aristocratiques, ce qu’un gouvernement sensé a de mieux à faire,c’est de laisser les lois de la nature humaine agir, sans s’en mêler aucu-nement. Elles ramènent l’homme libre à Dieu, et, après Dieu , à unautre culte, celui des ancêtres. Quoi qu’on fasse ou qu’on ne fasse pas,le grand guerrier, le grand magistral, le savant illustre, légueront àleurs descendants une considération qui les fera distinguer de la foule,et qui leur épargnera, quand ils auront du mérite, la plus sérieuse desdifficultés que rencontre le mérite en ce monde, celle d’attirer le pre-mier regard du public. Les lois n’ont pas besoin d’intervenir pour qu’ilen soit ainsi ; car ce ne sont pas les lois écrites, c’est la nature qui aproduit l’aristocratie de tous les pays, et surtout celle des républiques.La nature avait créé l’aristocratie de Venise , bien avant que celle-cisongeât à s’attribuer parles lois des droits particuliers. C’est une chosedont il n'y a pas à se mêler, si on y a goût. Le temps fait partout desaristocraties ; il n’y a qu’à s’épargner le ridicule d’en faire soi-même,et tout au plus à les empêcher, ce dont elles ne seront plus tentées àl’avenir, de s’arroger des privilèges exclusifs.
S’il y avait cependant un souverain dans le monde qui put échapperau ridicule où à l’odieux qu’excite quelquefois l’établissement d’insti-tutions aristocratiques, c’était celui qui osait et pouvait rétablir la mo-narchie le lendemain de la république, la différence des rangs (noncelle des droits), le lendemain d’une brutale égalité; qui, dans savaste imagination, rêvait une société grande comme son génie et sonâme, et qui avait, pour créer de puissantes familles, des noms immor-tels et des trésors ; qui pouvait les appeler Rivoli, Castiglione , Mon-tebcllo, Elchingcn, Auerstaedt, et leur donner jusqu’à un million derevenu annuel. 11 était donc excusable , car il ne voulait pas violer lesvrais principes de la révolution française, et il croyait au contraire les