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LIVRE xxvnr.

consacrer d’une manière éclatante, en faisant, à l’image de sa proprefortune, un duc, un prince, avec un enfant de la charrue. Une der-nière considération enfin se présentait ici pour désarmer la raison laplus sévère, c’était de se ménager des moyens innocents et inoffensifsd’exciter et de récompenser les grands dévouements

Napoléon profita donc de la gloire de Tilsit, et du prestige dont ilétait entouré ea ce moment, pour accomplir enfin le projet qu’il mé-ditait depuis longtemps d’instituer une noblesse. Déjà, en 1806, lors-qu’il avait donné des couronnes à ses frères, à ses sœurs, à son filsadoptif, des principautés à plusieurs de ses serviteurs, celle de Ponte-Gorvo au maréchal Bernadotte , celle deBénéventà M. de Talleyrand,celle de Neuchâtel au major général Berthier, il avait annoncé qu’unstatut postérieur réglerait le système des successions pour les famillesen faveur desquelles seraient créés des principautés, des duchés, etautres distinctions destinées à être héréditaires. En conséquence, ilétablit par un sénatus-consulte que les titres donnés par lui, ainsi queles revenus accompagnant ces titres, seraient transmissibles héréditai-rement, en ligne directe, de mâle en mâle, contrairement au systèmede succession admis par le Code civil. Il établit en outre que les digni-taires de l’Empire, à tous les degrés, pourraient transmettre à leur filsaîné un litre, qui serait celui de duc, de comte ou de baron, suivantla dignité du père, à la condition d’avoir fait preuve d’un certain revenu,dont le tiers au moins devait demeurer attaché au titre conféré à ladescendance. Ces mêmes personnages avaient aussi le droit de consti-tuer pour leurs fils puînés des litres, inférieurs toutefois à ceux quiauraient été accordés aux aînés, et toujours à la condition de préleversur leur fortune une part qui serait l’accompagnement héréditaire deces titres. Telle fut l’origine des majorats. Les grands dignitaires,comme le grand électeur, le connétable, l’archichancelier, l’architré-sorier, durent porter le titre d 'altesse. Leurs fils aînés durent porterle titre de ducs , si leur père avait institué en leur faveur un majoraide 200,000 livres de rente. Les ministres, les sénateurs, les conseil-lers d’État, les présidents du Corps législatifs, les archevêques, furentautorisés à porter le titre de comtes , et à transmettre ce titre à leurs

1 Ces lignes ont été écrites en 1846, sous la monarchie. Je les ai écrites parceque je les ai crues vraies dans tous les temps. Je ne les changerai donc pas, quoiqueles temps aient changé.