Band 
[7. - 8.]
Seite
130
JPEG-Download
 

150

LIVhE XXVIII.

lui arracher le sceptre des mers, et l’obliger à rendre au monde le reposdont il était, à cause d’elle, privé depuis quinze années.

Il est certain que rien, excepté la paix, n’était plus souhaitable pourNapoléon qu’un événement pareil. Il n’avait plus désormais à violenterle Danemark , qui allait, au contraire, se jeter dans scs bras, l’aider àfermer le Sund , et lui fournir, ce qui valait mieux que quelques car-casses de vaisseaux, des matelots excellents, propres à armer les innom-brables bâtiments que la France avait sur ses chantiers. Il pouvaitpousser les armées russes sur la Suède ; pousser les armées de l’Es-pagne sur le Portugal ; il pouvait même exiger à Vienne 1 exclusiondes Anglais des côtes de l’Adriatique ; il pouvait enfin tout demanderh Saint-Pétersbourg , car Alexandre, après ce qui venait de se passerà Copenhague , ne devait plus rencontrer dans l’opinion des Russes derésistance à sa politique. Si Napoléon, en ce moment, profitait de lafaute de l’Angleterre sans en commettre une égale, il était dans uneposition unique ; il devenait moralement aussi fort par les torts de sonennemi qu’il l’était matériellement par scs propres armées. Eu effet,l’inconvénient de son système, de vaincre la mer par la terre, étaitsauvé ; car la violence faite aux puissances continentales pour lesobliger à concourir à ses desseins sc trouvait désormais expliquée etjustifiée. S’il fermait les ports des villes hanséaliques, de la Hollande,de la France , du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie ; s’il condamnaitles peuples à se passer de sucre et de café, à substituer à ces produitsdes tropiques des imitations européennes, coûteuses et fort impar-faites ; s’il violentait tous les goûts après avoir violenté tous les intérêts,il avait dans le crime de Copenhague une excuse complète et éclatante.Mais, nous le répétons, il fallait laisser l’Angleterre faillir seule, et nepas faillir soi-mème aussi gravement : chose difficile, car, dans unelutte acharnée, les fautes s’enchaînent, et il est rare que les torts del’un ne soient promptement balancés ou surpassés par les torts del’autre.

Napoléon sentit bien l’avantage que lui donnait la conduite de l’An-gleterre, et, s’il perdit une espérance d’accommodement, espérancequi n’était pas grande à ses yeux, il vit se préparer tout à coup unconcours de moyens, un ensemble d’efforts, qui lui promettaient unepaix dont les conditions compenseraient le retard. Aussi ne manqua-t-il pas de déchaîner les journaux de France , et ceux dont il disposaithors de France, conlre l’acte abominable qui venait d’indigner l’Europe .