Band 
[7. - 8.]
Seite
131
JPEG-Download
 

FONTAINEBLEAU .

151

Ses années, ses flottes, tout fut, de Fontainebleau même, et du milieudes plaisirs de cette résidence préparé pour une lutte plus vaste, plusterrible encore que celle qui épouvantait le monde depuis tant d’années.

Du reste, Napoléon n’avait aucun effort à faire pour imprimer àl’opinion de l’Europe l’impulsion qu’il lui convenait de lui donner. EnAngleterre même, l’attentat commis sur la ville de Copenhague futjugé avec la plus extrême sévérité. Dans ce pays grand et moral, il setrouva, malgré un ministère indigne, malgré un parlement abaissé,malgré la passion du peuple pour les succès delà marine nationale, ilse trouva des gens éclairés, honnêtes, impartiaux, qui flétrirent l'acteinouï qu’on s’était permis envers une puissance inoffensive et désarmée.MM. Grenville, Windham, Addington , Giey, Shcridan et d’autres en-core, se prononcèrent avec véhémence contre cet acte odieux, quin’était, suivant eux, que la parodie inique et funeste de celui de 1801 ;car le Danemark , en 1801, faisait partie d'une coalition hostile à l’An-gleterre, et le moyen employé pour le réduire i tait le plus légitime detous, une bataille navale. En 1807, au contraire, ce même Danemark était en paix, tout occupé de défendre sa neutralité contre la France ,désarmé du côté de l’Angleterre, et le moyen de le réduire était unatroce bombardement contre une population inoffensive. Le résultatétait, au lieu du dissoudre une coalition de neutres, d’enchaîner étroi-tement le Danemark à la France , d épargner à celle-ci l’odieux d’unecontrainte générale exercée sur le continent, de prendre cet odieuxpour soi, de se fermer le Sund ; car les Danois allaient le fermer de leurcôté, et les Suédois allaient être forcés de le fermer du leur. Enfin,pour compenser d’aussi déplorables conséquences, on avait à alléguer lepillage d’un arsenal, l’enlèvement dune flotte, fort vieille, et dontquatre vaisseaux seulement méritaient les frais du radoub. Telles furentles attaques dirigées contre M. Ganning avec une véhémence méritée,et il y répondit avec une intrépidité dans le mensonge, qui n’est pasde nature à honorer sa mémoire, relevée d’ailleurs par sa conduite pos-térieure. Pour toute excuse il ne cessa de répéter qu’on avait obtenule secret des négociations de Tilsit, et que ce secret justifiait l’expédi-tion de Copenhague . A quoi on répliquait avec raison, en demandantà connaître non pas l’auteur de la divulgation, que la feinte générositédu cabinet britannique refusait de nommer, mais la substance mêmede ce qu’il avait révélé. Or, sur ce point, le cabinet n’articulait que desréponses confuses et embarrassées, et ne pouvait en fournir d’autres;