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LIVRE XXVIII.
pour les pays montagneux où les deux armées de la Gironde étaientappelées à opérer. Ce n’étaient là que de simples précautions, car ilétait douteux qu’il fallût autant de forces en Portugal ; mais Napoléonavait grand désir d’attirer les Anglais de ce côté, et, bien que lessoldats qu’il y envoyait fussent jeunes, il les trouvait suffisants pour lesopposer aux troupes britanniques, et plus que suffisants pour battreles armées méridionales, dont il ne faisait alors aucun cas.
Tout était donc préparé pour s’emparer du Portugal , indépendam-ment du secours promis par les Espagnols . On avait réçu de la courde Lisbonne une réponse telle que Napoléon l’avait prévue, et tellequ’il la lui fallait après l’événement de Copenhague , pour se dispenserde tout ménagement. Le prince régent du Portugal , gendre, commeon sait, du roi et de la reine d’Espagne , n’en était pas moins par tra-dition héréditaire et par faiblesse personnelle le sujet dévoué de l’An-gleterre. Ses ministres différaient d’avis, il est vrai, et quelques-unsd’entre eux pensaient que la dépendance de l’Angleterre n’était, ni lerégime le plus souhaitable pour le Portugal , ni le moyen le plus assuréde vendre ses vins et de se procurer des blés. Mais les autres pensaientque vivre de l’Angleterre et par l’Angleterre était chose bonne en touttemps, et bien meilleure depuis que la France était entrée dans lacarrière des révolutions, et qu’en se rapprochant d’elle on courait lachance de changer non-seulement de régime industriel, mais de ré-gime social. Le prince régent, averti par M. de Lima , son ambassa-deur à Paris, et par M. de Rayneval, chargé d’affaires de France à Lis-bonne , des volontés absolues de Napoléon, avait concerté avec lecabinet britannique la conduite à tenir, dans le double but de s’épar-gner la présence d’une armée française , et de faire essuyer aux intérêtsanglais le moindre dommage possible. En conséquence, ou s’était en-tendu avec M. Canning, par l’intermédiaire de lord Strangfort, et onavait pris le parti de concéder à la France l’exclusion apparente dupavillon britannique, si même il le fallait, une déclaration de guerresimulée contre l’Angleterremais de se refuser, à l’égard des négo-ciants de celle-ci, à toute mesure contre les personnes et les propriétés,car Lisbonne et Oporlo étaient devenus de vrais comptoirs anglais , oùnégociants, capitaux, bâtiments, tout était anglais . Accorder l’arres-tation des personnes et la saisie des propriétés, comme le demandaitNapoléon, c’eût été porter dans ces comptoirs le ravage et la ruine.Cette réponse convenue, on espérait que, si la France s’en contentait,