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LIVRE XXVIIT.

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la puissance espagnole, puissance aussi nécessaire à la France qu'àl'Espagne elle-même, et aussi complètement anéantie en 1807 que sielle n’avait jamais existé. Quand Napoléon songeait au danger d’avoirdes Bourbons sur ses derrières, danger peu alarmant pour lui-mèmc,mais très-inquiétant pour ses successeurs qui n’auraient pas son génie,et qui rencontreraient peut-être dans les successeurs de Charles IV desqualités qu’ils n’auraient plus eux-mêmes ; quand il songeait à toutesles bassesses, à toutes les indignités, à toutes les perfidies de la courde Madrid, non pas du malheureux Charles IV , mais de sa criminelleépouse et de son ignoble favori ; quand il songeait à l’état de cettepuissance, si grande encore sous Charles III, ayant alors des financeset une marine imposante, n’ayant plus aujourd’hui ni un écu, ni uneflotte, et laissant inertes des ressources qui dans d’autres mains au-raient déjà servi, par leur réunion avec celles de France , à réduirel’Angleterre, il était saisi d’indiguation pour le présent, de eraintepour l’avenir ; il se disait qu’il fallait en finir, et profiter de la soumis-sion du continent à ses vues, du concours dévoué que la Russie offraità sa politique, de la prolongation inévitable de la guerre à laquellel’Angleterre condamnait l’Europe , et de l’odieux que venait d’excitercontre elle sa conduite envers le Danemark , pour achever de renomveler la face de l’Occident ; pour y substituer partout les Bonaparte aux Bourbons; pour régénérer une noble et généreuse nation, endor-mie dans l’oisiveté et l’ignorance ; pour lui rendre sa puissance, etprocurer à la France une alliée fidèle, utile, au lieu d’une alliée in-fidèle, inutile, désespérante. Napoléon se disait, enfin, que la gran-deur du résultat l’absoudrait de la violence ou de la ruse qu’il faudraitpeut-être employer pour renverser une cour loujours prête à le tra-hir lorsque dans ses courses incessantes il s’éloignait de l’Occident ,prompte à se prosterner quand il y revenait, donnant enfin cent rai-sons réelles, mais aucune raison ostensible de la détruire.

Ces pensées auraient été vraies, justes, réalisables même, si déjà iln’avait entrepris au nord plus d'œuvres qu’il n’était possible d’en ac-complir en plusieurs règnes , si déjà il ne s’était chargé de constituerl’Italie, l’Allemagne , la Pologne ! De toutes ces œuvres , non pas laplus facile, mais la plus urgente, la plus utile après la constitution derilalie, c’eût été la régénération de l’Espagne . Sur les quatre cent millevieux soldats, employés du Rhin à la Vislule , cent mille y auraientsuffi , et n’auraient pu recevoir un meilleur emploi. Mais ajouter à