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tant d’entreprises au nord une entreprise nouvelle au midi, la tenteravec des troupes à peine organisées, était bien grave et bien hasardeux!Napoléon ne le croyait pas. 11 ne savait pas une difficulté qu’il n’eùtvaiucue du Rhin au Niémen, de l’Océan à l’Adriatique, des Alpes Ju-liennes au détroit de Messine , du détroit de Messine aux bords duJourdain. Il méprisait profondément les troupes méridionales, leursofficiers, leurs chefs, ne faisait pas beaucoup plus de cas des troupes an-glaises, et ne considérait pas les Espagnes comme plus difficiles à sou-mettre que les Calabres . Elles étaient plus vastes, à la vérité; ce qui si-gnifiait que si 50,00u hommes avaient suffi dans les Calabres , 80,000ou 100,000 suffiraient en Espagne , surtout quand on apporteraità la brave nation espagnole, au lieu de la dissolution honteuse où elleétait plongée, une régénération qu’elle appelait de tous ses vœux ! Cen’était donc pas la difficulté matérielle qui faisait hésiter Napoléon,c’était la difficulté morale , c’était l’impossibilité de trouver aux yeuxdu monde un prétexte plausible pour traiter Charles IV et sa femmecomme il avait traité Caroline de Naples et. son époux. Or, une dy-nastie qui au retour de Tilsit lui envoyait trois ambassadeurs pour luirendre hommage ; qui, tout en le trahissant secrètement quand ellepouvait, lui donnait ses armées, scs Hottes dès qu’il les demandait, unetelle dynastie ne fournissait pour la détrôner aucun motif que le sen-timent public de l’Europe put accepter comme spécieux. Si puissant,si glorieux que fût Napoléon ; qu’aux victoires de Montenolte, de Cas-liglione , de Rivoli, il eût ajouté celles des Pyramides, de Marengo,d’Ulin, d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland ; qu’au Concordat, au Codecivil , il eût ajouté cent mesures d’humanité et de civilisation, il n’étaitpas possible,sans révolter le monde, de venir dire un jour : «Charles IV est un prince imbécile, trompé par sa femme, dominé par un fa-vori qui avilit et ruine l’Espagne ; et moi, Napoléon, en vertu de mongénie, de ma mission providentielle, je le détrône pour régénérer i’Es-paguc » De telles manières de procéder, l’humanité ne les permet àaucun homme , quel qu’il soit. Elle les pardonne quelquefois aprèsl’événement, après le succès, et alors elle y adore la main de Dieu , sile bien des nations en est résulté. Mais en attendant elle considère detelles entreprises comme un attentat à la sainte indépendance desnations.
Napoléon ne pouvait donc pas détrôner Charles IV pour son imbé-cillité, pour sa faiblesse, pour l'adultère de sa femme, pour l’abaisse-