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ment de l’Espagne . Il lui aurait fallu un grief qui lui conférât ledroit d’entrer chez son voisin, et d’y changer la dynastie régnante. Illui aurait fallu une trahison dans le genre de celle que se permit lareine de ÎS'aples, lorsque, après avoir signé un traité de neutralité,elle assaillit l’armée française par derrière ; ou bien un massacre telque celui de Vérone, lorsque la république de Venise égorgea nosblessés et nos malades pendant que l’armée française marchait surVienne . Mais Napoléon n’avait à alléguer qu’une proclamation équi-voque, publiée la veille d’Iéna pour appeler la nation espagnole auxarmes, proclamation qu’il avait alfeclé de considérer comme insigni-fiante, qui était accompagnée, il est vrai, de communications secrètesavec l’Angleterre, démontrées depuis, fortement soupçonnées alors,mais niées par la cour d’Espagne ; et de tels griefs ne suffisaient paspour justifier ces mots romains prononcés déjà contre les Bourbons deNaples : Les Bourbons d'Espagne ont, cesse’ de régner.
Napoléon toutefois attendait des divisions intestines qui troublaientl’Escurial un prétexte pour intervenir, pour entrer en libérateur, enpacificateur, en voisin offensé peut-être. Mais s’il avait une pensée gé-nérale, systématique, quant au but à atteindre, il n’était fixé ni sur lejour, ni sur la manière d’agir. Il se serait même accommodé d’unesimple alliance de famille entre les deux cours, qui eût promis unerégénération complète de l’Espagne , et par cette régénération une al-liance sincère et utile entre les deux nations. Aussi ne voulait-il, àpropos du Portugal , aucun parti définitif qui l’enchainàt à l’égard dela cour de Madrid . Il aurait pu, par exemple, et c’eût été le parti leplus sur, donner le Portugal à l’Espagne, moyennant les Baléares , lesPhilippines , ou telle autre possession éloignée. 11 aurait ainsi trans-porté de joie la nation espagnole , en satisfaisant la plus ancienne, laplus constante de ses ambitions ; il aurait enchanté la cour elle-mêmeen jetant un voile glorieux sur ses turpitudes ; il aurait fait aimer l’al-liance de la France, qui jusqu’ici ne paraissait qu’onéreuse aux Espa-gnols . Mais agir de la sorte, c’eût été récompenser la lâcheté, la trahi-son, l’incapacité, comme la fidélité la mieux éprouvée et la plus utile.On ne pouvait guère l’exiger d’un allié aussi mécontent que Napoléonavait sujet de l’être. Il y avait un autre parti à prendre; c’était des’approprier, en échange du Portugal , quelques provinces espagnolesvoisines de notre frontière, et de se créer un pied-à-terre au delà desPyrénées, comme on en avait un au delà des Alpes , par la possession